Après la nuit

Premier long-métrage du réalisateur helvético-portugais Basil da Cunha, 29 ans, ‘Après la nuit’ nous plonge dans les bas-fonds du quartier capverdien de Reboleira, à Lisbonne, où l’on suit les pérégrinations de Sombra (Pedro Ferreira), tout juste sorti de prison et de retour dans le tiékar. Entre galère de thunes, menaces des chefs de gang et trafic de drogues, ‘Après la nuit’ s’oriente assez vite vers le genre du "film de ghetto", dont Basil da Cunha vampirise toutefois l’énergie pour mieux affirmer sa patte d’auteur. Car si le réalisateur reprend comme prétexte les habituels codes du style (renvoyant à des films comme ‘Menace II Society’ ou ‘La Haine’), il parsème son long-métrage de séquences rêveuses, suspendues, à la limite de l’onirisme ; par exemple, lorsque le solitaire Sombra confesse sa lassitude à son plus proche ami, un iguane affectueux et stoïque, surnommé Dragon – ou pogona vitticeps pour être plus précis, dit "agame barbu" pour les intimes. Ou encore, s’entretenant parfois avec une fillette qui, comme lui, semble perdue au milieu de la violence et de la narration du film, le héros se révèle une figure de vagabond touchante, joliment décalée et poétique.

Filmant la marge à la manière d’un documentariste, avec l’improvisation de ses acteurs (locaux et non-professionnels) comme moteur, Basil da Cunha réussit ainsi à éviter l’écueil d'un cinéma trop frontalement social, cherchant plutôt à restituer, avec humour et un étonnant lyrisme de lascar sensible, la beauté particulière de cette communauté capverdienne de Reboleira, où il a passé sa jeunesse. Seul bémol : on se dit que da Cunha aurait peut-être pu aller encore plus loin dans la contemplation, laissant la dérive de son personnage central prendre le contrôle du film. Ici, Sombra se trouve régulièrement rattrapé par ses dettes, ses liens avec le milieu proto-mafieux des gangs de rue, ce qui, par moment, alourdit inutilement le scénario d’‘Après la nuit’. Alors que l’esthétique du film, son travail sur la lumière et la rugosité de ses improvisations suffiraient déjà à en faire l’œuvre, personnelle et attachante, d’un réalisateur qu’on ne manquera pas de suivre – et qui gagnerait peut-être à radicaliser encore davantage sa proposition.

En salles le 23 avril, disponible en VOD du 9 au 22 avril sur FilmoTV, iTunes, Orange et Google.

Détails de la sortie

Date de sortie mercredi 23 avril 2014
Durée 95 mins

Crédits

Réalisateur Basil da Cunha
Scénariste Basil da Cunha
Acteurs Ana Clara Baptista de Melo Soares Barros
Susana Maria Mendes da Costa
Pedro Ferreira
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