La Haine (1995)

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La Haine
 

L’avis de Time Out

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En 1995, le second long métrage de Mathieu Kassovitz fait l’effet d’un obus. Grinçant, subtil, brut, ‘La Haine’ expose pour l’une des premières fois au cinéma la réalité sociale des banlieues. Et met le doigt sur une plaie béante. Portrait social cru, moulé dans un noir et blanc atemporel, ce film en forme de manifeste sonde l'écrasante misère des cités bétonnées, vues de l’intérieur. L’aliénation, l’ennui, les espoirs avortés, le dialogue de sourd avec le monde extérieur, la brutalité des forces de l’ordre, le besoin d’exister par la vengeance... Au lendemain d’une émeute envenimée par une bavure policière, la caméra suit les pérégrinations stériles de trois jeunes. Un Noir (Hubert Koundé), un Blanc (Vincent Cassel), un Arabe (Saïd Taghmaoui). La semelle clouée au bitume. Le destin dilué dans un décor désincarné. Alors âgé de 28 ans, Kassovitz réalise un chef-d’œuvre dépourvu de pathos et rythmé par un leitmotiv diffus, menaçant : « Jusqu’ici tout va bien – mais l’important c'est pas la chute, c'est l'atterrissage. » ‘La Haine’ capte ce moment presque imperceptible où tout bascule. Cet instant où l’équilibre s’effrite, où la vacuité devient frustration avant de se muer en colère sourde – puis éclate comme une bombe à retardement. Fresque satirique qui n’a d’égal, peut-être, que le Baltimore acide décrit par David Simon dans ‘The Wire’, ‘La Haine’ n’a pas perdu une once de son actualité. En près de vingt ans.

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