La Jalousie

Cinéma

Drame

La Jalousie

Notre note :

<strong>Evaluation: </strong><span class='lf-avgRating'>4</span>/5

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L’avis de Time Out

3 raisons essentielles d'aller voir ‘La Jalousie’ de Philippe Garrel

1/ Parce que c’est sans conteste son plus beau film depuis ‘Les Amants réguliers’

Témoins d'un génie précoce, psychédélique et formaliste dans les années 1960 et 70, les premiers Garrel, illuminés d’une beauté plastique à tomber par terre, évoquent une sorte d’Arthur Rimbaud sous LSD armé d’une caméra. Poèmes surréels, où un Pierre Clémenti halluciné se balade souvent à poil, ‘La Cicatrice intérieure’ (1971) ou ‘Le Lit de la Vierge’ (1969) restent des manifestes esthétiques d’une audace et d'une bizarrerie folles. Pourtant, ce n’est qu’à partir des années 1980 que Philippe Garrel parvint à une certaine reconnaissance publique, en opérant un tournant vers le réalisme et l’autobiographie avec ‘L’Enfant secret’ (1982), ‘Les Baisers de secours’ (1989) ou ‘J’entends plus la guitare’ (1991) – généralement avec le concours des dialogues aigus de l’écrivain Marc Cholodenko.

En 2005, Garrel livrait avec ‘Les Amants réguliers’ un film-fleuve définitif sur Mai 68, sans concession ni nostalgie, et très certainement l’un des plus beaux films français du début du XXIe siècle. Depuis, ‘La Frontière de l’aube’ et ‘Un été brûlant’ semblaient un tantinet en demi-teinte, comme un lavis un peu passé. Tandis que ‘La Jalousie’, bien que narrant lui aussi des histoires d’amour à contretemps, s’incrit de plain-pied comme l’un de ses films les plus réussis, où tout – d’une cafetière qui chauffe jusqu’aux rues et jardins de Paris arpentés par ses personnages – est filmé avec une sobriété et une poésie à la fois contemporaines et hors du temps. Galère de travail, absence d’argent, fugacité des sentiments mais simplicité du bonheur : ‘La Jalousie’ est aussi l’un des films les plus apaisés de Garrel. Très loin de la caricature du « film intello pour névrosés en fin d’allocations chômage » auquel on l’a trop longtemps cantonné.

2/ Parce que Louis Garrel (si, si !)

Derrière ses histoires de couples, ‘La Jalousie’ est aussi une histoire de famille. Rappelant le parcours amoureux qui fut celui de son père (l’acteur Maurice Garrel) dans sa jeunesse, qu’il fait interpréter par son fils Louis aux côtés de sa fille Esther, Philippe Garrel établit ici un lien à la fois humble et profond entre générations. Et c’est ce mouvement de passage, de transmission, qui confère à ‘La Jalousie’ une douceur rare, un sentiment de lâcher-prise familier, d’abandon confiant. Si les histoires d’amour se finissent effectivement toujours assez mal, c’est auprès de sa sœur et de sa fille (âgée d’une dizaine d’années mais qui paraît tout comprendre du monde des adultes) que le personnage de Louis trouve un réconfort joueur, léger, placide. Et pour une fois, Louis Garrel – qui, d’ailleurs, n’est jamais mieux filmé que par son père – montre qu’il sait sourire. Aussi, même si certains ont vite eu tendance à le ranger dans la catégorie « têtes à claques dépressives du Quartier latin », Garrel fils se révèle comme un acteur étonnammant chaleureux, aérien, romantique sans noirceur ni complaisance. Bref, d’un charisme qui n’est pas simplement destiné aux midinettes. D’ailleurs, à ses côtés, Anna Mouglalis trouve l’un des meilleurs rôles de sa carrière, en amante fuyante, désirante et insatisfaite. Ne vous fiez donc pas à la bande-annonce du film.

3/ Parce que c’est un film d’une beauté simple, intemporelle et bienveillante

Enfin, par-delà la qualité de sa réalisation et de ses interprètes, ‘La Jalousie’ se trouve traversé par une grâce heureuse et souveraine, où la tristesse mélancolique (thème éminemment garrelien) cède enfin le pas devant la beauté fugace d’instants tranquilles, d’une camaderie bon enfant, de la fraternité sincère ou d’une paternité tendre. Malgré les drames, malgré les bouleversements, malgré le fait que rien ne dure, ‘La Jalousie’ montre ainsi la voie d’une sage confiance en la vie, renvoyant le spectateur à sa propre existence, à son propre parcours. Chaotique et incertain, mais animé du simple désir d’aimer, de comprendre l’autre, qui peut rappeler la philia d’Aristote dans ‘L’Ethique à Nicomaque’ : l’affection d’un être pour ce qu’il est en propre, non pour ce qu’il pourrait nous apporter. Bref, c'est plus qu’un brillant cours de cinéma, c’est une leçon de vie pleine de bonté, d’humilité et de bienveillance. Et l’un des plus beaux films de cette fin d’année 2013.

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Détails

FR sortie :

Mer déc 4, 2013

Durée :

77 minutes

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