L'Age d'or (1930)

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L'Âge d'or
 

L’avis de Time Out

Les 100 meilleurs films français

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Véritable premier film de Luis Bunuel (après ‘Un chien andalou’, l’année précédente, co-signé avec Salvador Dali), ‘L’Age d’or’ lance en 1930 une attaque violente contre tous les dogmes de son époque : sexuels, politiques, familiaux, religieux… C’est parodique, grinçant… abracadabrantesque, comme dirait l’autre. Et en termes de réalisation, la virulence est la même : détournement des clichés narratifs, explosion de la logique romanesque, provocations satiriques ; tout peut arriver. Surtout, l’arme essentielle de Bunuel c’est son humour sauvage, brutal, croisant Max Ernst, un documentaire sur les scorpions (qui ouvre le film), une vache sur un lit, des armes à feu, une relecture du marquis de Sade ou une jeune femme suçant avidement le gros orteil d’une statue.

Historiquement, dès sa première projection publique au Studio 28, le film fait scandale : des ligues d’extrême droite manifestent, déchirent la toile, lacèrent les tableaux des surréalistes exposés devant la salle… Les projections auront beau reprendre sous protection policière, en moins de deux semaines le film est interdit, ses copies saisies et ‘L’Age d’or’ restera un bon demi-siècle au purgatoire, jusqu’en 1981. Français, le film de Bunuel l’est déjà par son titre, ses dialogues, l’atmosphère intellectuelle qui baigne alors le cinéaste espagnol (accompagné de la clique pré-punk d’André Breton), mais aussi par son mode de financement : produit par le vicomte de Noailles et sa femme, celui-ci renvoie à une forme particulière de mécénat aristocratique, n’ayant pas peur de prêcher la subversion ou la révolte intellectuelle – la vicomtesse de Noailles s’honorant notamment de figurer dans la lignée du marquis de Sade.

Surtout, coincée entre deux guerres mondiales, la violence de ‘L’Age d’or’ n’a en fait rien de gratuit, et semble surtout constituer un moyen d’aborder la permanente démangeaison de la mort, la tentation ricanante du suicide dans un temps où la violence absurde règne. Et c’est l’occasion pour Bunuel de fustiger une déraison collective où l’homme semble se complaire dans sa métamorphose en insecte, et de considérer le pas de côté que constituerait le simple basculement dans la folie furieuse, ou le désir d’une glissade radicale, irrésistible.

Bref, plus prosaïquement, ‘L’Age d’or’ est une provocation à l’ordre moral, filleule de Freud et Krafft-Ebing, Nietzsche, Lautréamont, Jarry ou Rimbaud… Mais ce film est aussi, dans sa construction, la matrice des subversions à venir du renversant Bunuel : préfigurant à la fois la parabole détournée de ‘Simon du désert’, les mondanités détraquées de ‘L’Ange exterminateur’ ou du ‘Charme discret de la bourgeoisie’, les dérives hilares, sans queue ni tête, de ‘La Voie lactée’ ou du ‘Fantôme de la liberté’… Bref, il est l’origine de la part la plus déjantée de l’œuvre de Bunuel, face à celle, plus perversement classique (et non moins passionnante), que constituent ‘Belle de jour’ ou ‘Le Journal d’une femme de chambre’.

Faisant feu de tout bois, du parlant comme du muet (musique, intertitres, post-synchronisation, superpositions d’images, bruitages intempestifs), ‘L’Age d’or’ est un morceau d’histoire célèbre, étudié à l’université, et pourtant méconnu. Sans doute à sa place, dans le flou qui accompagne en général les œuvres d’art trop ouvertement révolutionnaires.

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