Laurence Anyways

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Xavier Dolan a manifestement tout pour plaire : précoce, ultra-productif, doué d’un sens prononcé de l'esthétique, le réalisateur québécois nous parle d’intimité et de désir avec sincérité et crudité. En plus, il a l'air gentil comme tout. Et terriblement ambitieux – avec un soupçon d'arrogance assumée qui n'est pas pour nous déplaire. Pourtant, s’il vaut le détour, ‘Laurence Anyways’ finit tout de même par laisser une impression assez mitigée.

L'histoire a le mérite d'être à la fois simple et dense : Laurence (Melvil Poupaud), trentenaire et prof de lettres, avoue à sa compagne, Fred (Suzanne Clément), qu'il veut devenir une femme. De 1989 à 1999, le film suit la lente évolution de Laurence, et de ce couple vers une singularité hybride. Passion, rupture, retrouvailles : la grande force de ‘Laurence Anyways’ n'est pas tant de traiter de transsexualité que de l'amour hors cadre qui lie ses deux protagonistes.

En un mot, le sujet est audacieux ; et certaines scènes, qui prennent le parti de la métaphore quasi-surréaliste (avec, par exemple, une très belle séquence où Suzanne Clément se retrouve émotionnellement submergée de façon tout à fait littérale), témoignent d'une impressionnante inventivité visuelle. En outre, les personnages sont interprétés avec beaucoup de douceur et une certaine justesse.

Hélas, de nombreux moments tombent à plat. D’abord, le film est beaucoup trop long (2h40), et ses trois derniers quarts d'heure ne semblent fondamentalement pas avoir d'autre fonction que de surligner, parfois maladroitement, ce qui a déjà été exprimé au cours des deux heures précédentes. Mais surtout, la réalisation paraît à la longue un tantinet nombriliste et complaisante : certes, Dolan maîtrise à merveille l'art du travelling et de la symétrie dans la composition des cadres, mais il a parfois tendance à en abuser. De même, certains dialogues frisent la pose et le bon mot sans vraiment réussir à faire mouche – ainsi a-t-on un peu de mal à croire à l’enseignement de Melvil Poupaud qui réduit Proust à une histoire de sodomie, ou Céline à un facho.

Au final, ‘Laurence Anyways’ est à la fois puissant et raté, kitsch et grandiose, naïf et outrancier. Mais, s'il n'est pas le coup de génie qu'on attendait, il n'en reste pas moins un film comme on en voit véritablement peu. Rien que pour cela, et pour la précocité mégalo de son réalisateur-scénariste-monteur-costumier de 23 ans (et pour sa BO), il constitue assurément une œuvre à voir. De toute façon.

Détails de la sortie

Date de sortie mercredi 18 juillet 2012
Durée 159 mins

Crédits

Réalisateur Xavier Dolan
Scénariste Xavier Dolan
Acteurs Nathalie Baye
Melvil Poupaud
Monia Chokri
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2 people listening