Le Grand Soir

Malgré son titre et la réputation des deux réalisateurs, il ne faudrait pas prendre ce cinquième long métrage pour ce qu’il n’est pas : un énième film militant se servant de la misère sociale pour nourrir son intrigue. Ici tout et tous sont tournés en dérision, de l’ordre à la morale, des Chinois aux gros, jusqu’à la Révolution – « Il est temps que la meute hurle, parce qu’on est tous des punks à chien », lance Not (Benoît Poelvoorde) au micro de l’accueil d’un supermarché, avant de pousser quelques cris douillets lorsque des vigiles le saisissent. Delépine et Kervern privilégient en effet l’humour envers et contre tout, préférant soulever l’absurdité de nos modes de vie et de consommation plutôt que de les dénoncer avec morgue en proposant de fausses solutions.

A ce titre, Jean-Pierre Bonzini (incarné par Albert Dupontel) a tout de la figure symbolique du déclassé qui a essayé un temps de se conformer aux codes et règles du monde dans lequel il vit – tandis que son frère Not n’en faisait qu’à sa tête, ayant décidé de ne pas perdre sa vie à la gagner. Si au départ deux représentations de la société s’opposent au sein de la fratrie, le licenciement de Jean-Pierre va rapidement faire sauter le fusible qui le maintenait parmi les gens fréquentables. Not devient alors son mentor, lui apprenant à désapprendre, à vivre enfin dans le présent sans plus se soucier ni du passé ni de l’avenir.

Le propos peut paraître simpliste, mais il s’avère au final bien plus ambigu que prévu, loin d’un discours sur la liberté à tout prix ou d’un éloge des clochards (pas si) célestes. Comme si Kervern et Delépine voulaient seulement nous faire comprendre d’autres vies que les nôtres – pas plus reluisantes, juste différentes – et surtout partager le plaisir qu’ils éprouvent à faire des films. En commençant par le casting fou qui réunit quantité de gueules et de personnages du « showbiz » français : Bouli Lanners en agent de sécu, Brigitte Fontaine et son mari Areski Belkacem en parents un brin largués (et gérants du resto la Pataterie), Gérard Depardieu devenu voyant (uniquement dans des verres de saké), Noël Godin, Yolande Moreau, Didier Wampas, etc. Et même si le film ne conduit à aucun épilogue, aucune morale de conte de fées (tant mieux pour nous), le propos laisse sa trace sur le spectateur, d’abord saisi par l’humour corrosif et parfois très noir, puis touché par l’acuité des portraits. On ne peut s’empêcher de penser à ‘Mammuth’ (des mêmes réalisateurs) ou ‘Enfermés dehors’ de Dupontel. Comprendre : les fans adoreront, les autres resteront de marbre.  

Détails de la sortie

Date de sortie mercredi 6 juin 2012
Durée 100 mins

Crédits

Réalisateur Benoît Delépine, Gustave de Kervern
Scénariste Benoît Delépine, Gustave de Kervern
Acteurs Albert Dupontel
Benoît Poelvoorde
Brigitte Fontaine
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