Rebelle

Cinéma

Guerre

War Witch

La note de Time Out:

<strong>Evaluation: </strong><span class='lf-avgRating'>4</span>/5

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L’avis de Time Out

Difficile exercice que de scénariser cette éternelle guerre civile qui sévit aujourd’hui encore dans l’Est du Congo RDC. Pourtant, le réalisateur canadien Kim N’Guyen l’a fait admirablement, sans renfort de grosses explosions ou de scènes de guerre hollywoodiennes, mais avec peu de moyens et un casting d’adolescents congolais non professionnels. On est bluffé par l’authenticité et l’humanité que dégage l’histoire, son rythme dense, ses détails, filmés avec lenteur et poésie, et les anecdotes de la vie quotidienne de ces enfants-soldats entre des scènes de barbarie. Surtout, l’angle choisi par le réalisateur impressionne : à travers une voix-off omniprésente, celle de Komona, une gamine de 12 ans enrôlée de force dans la rébellion, on découvre ses deux ans de calvaire passés dans la jungle, qui l’ont emmenée à accoucher d’un bébé auquel elle raconte son histoire.

A travers des mots simples, des expressions enfantines, des plans sans profondeur de champ, un silence assourdissant dans les scènes de chaos, on vit à travers elle cette guérilla sanguinaire, suivant sa terreur objective sans avoir le temps de tomber dans les larmoiements. Kalachnikov, machette, viol (qu’elle appelle le « couché obligé »), exécutions sommaires, endoctrinement des enfants-soldats, drogue pour se galvaniser pendant les combats : on s’attend bien sûr à trouver ces éléments dans un film sur la guerre en RDC. Mais Kim N’Guyen les filment sans ostentation : les scènes les plus violentes ne sont jamais racoleuses, et, sans être percuté par des images excessives, on en saisit d’autant mieux l’horreur. 

Le film évoque également le coltan, ce métal si cher (environ 250 € le kg) qui sert à fabriquer les téléphones portables et les ordinateurs, et qui reste le nerf de la guerre dans cette région. On y voit les enfants trimer pour le récolter, une réalité souvent occultée par le trafic de diamants, plus médiatisé auprès du grand public. Mais Kim N’Guyen nous cueille là où on ne s’y attend pas, comme devant ces jeux d’enfants qui existent malgré tout entre les rebelles. Il nous parle de l’amour, de l’amitié, des chants à plein poumons, du désir de liberté, et surtout, de la sorcellerie et la magie, omniprésentes dans la vie des Congolais. Il décrit à merveille ces traditions ancestrales ancrées dans la modernité qui définissent si bien la vie en Afrique équatoriale. Il y parle même des noirs albinos – encore que, sur ce point, on comprend mal où le réalisateur veut en venir et pourquoi les protagonistes se retrouvent subitement dans un village d’albinos...

Le jeu de Rachel Mwanza, qui inarne Komona à l’écran, est particulièrement réaliste et mature : elle sait puiser les émotions, trouver la gravité, les gestes justes. La jeune fille a d’ailleurs remporté le Prix de la meilleure interprète au dernier festival du Film de Berlin. Pourtant, son école d’actrice à elle, c’est la rue, dans laquelle elle a grandit, comme les autres enfants qui jouent à ses côtés. Autant dire que la vie dure, elle connaît. Par ailleurs, Kim N’Guyen a également eu la brillante idée de faire jouer un ancien enfant soldat dans le rôle de général, qui a beaucoup contribué à donner une vision réaliste des scènes de guerre et du quotidien des rebelles.

Dix ans ont été nécessaires au réalisateur pour scénariser ce film, collecter des fonds et tourner enfin cette petite merveille qui ne joue dans aucune catégorie. Il a mis en place un vaste travail de recherche, combattu les défis logistiques et sécuritaires d’un tournage à Kinshasa et ses environs. Mais surtout, son génie a été de faire jouer avec autant de spontanéité ses adolescents des rues, canaliser leurs improvisations et capter la force des Congolais à jouer leur propre guerre, ce qui donne au film une force incomparable. Celui-ci terminé, la vie continue : Kim N’Guyen s’assurant désormais que sa jeune actrice, Rachel, a un tuteur, un toit, et à manger pour les prochaines années, ayant rejoint les faubourgs de Kinshasa où elle vit depuis la fin du tournage. Et où on lui souhaite, après avoir vu ce film bouleversant, beaucoup de bonheur.

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Détails

FR sortie :

Mer nov 28, 2012

Durée :

90 minutes

Casting et Equipe technique

Avec :

Rachel Mwanza, Alain Lino Mic Eli Bastien

Réalisateur :

Kim Nguyen

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<strong>Evaluation: </strong><span class='lf-avgRating'>0</span>/5
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