Shame (12)

Cinéma

Drame

Shame

Shame

La note de Time Out:

<strong>Evaluation: </strong><span class='lf-avgRating'>5</span>/5

Pas encore noté

Soyez le premier...

 

L’avis de Time Out

Film sur la honte et l’addiction sexuelle, ‘Shame’ ne peut se réduire à une spéciale dédicace à DSK : c’est surtout un film pudique, intense et profond sur la tristesse de l’individualisme contemporain.

Jouant pour la seconde fois sous la houlette du Britannique Steve McQueen (réalisateur du remarqué ‘Hunger’ en 2008), Michael Fassbender interprète ici Brandon, riche trentenaire new-yorkais à la sexualité excessive et méthodique. Or, précisons-le de suite : il n’est heureusement question dans ce film ni de jugement moral ni de violence excessive. D’ailleurs, la pulsion sexuelle est avant tout une aventure mentale et l’addiction un phénomène psychologique, n’est-ce pas ?

Ainsi, c’est en silence que McQueen scrute la sexualité de son personnage : il en laisse l’interprétation libre, même si l’addiction apparaît vite comme une échappatoire à la froide bureaucratie qui constitue le quotidien de Brandon – dont le patron s’exclame « mais quelle merde ! » lorsqu’il entend Coltrane, ou drague ouvertement comme un parvenu avec sa Rolex. Alors qu’inversement Brandon n’a rien du cochon graveleux que le synopsis pourrait laisser imaginer. Sa sexualité tortueuse paraît même souvent davantage subie qu’autre chose. Certes égoïste, et maladivement impérieux dans son désir, il n’en demeure pas moins un personnage assez proche, simple corps soumis à la mécanisation de l’esprit, qu’une pulsion intérieure et sauvage refuse.

Aussi peut-on penser à Freud – oui, ce bon vieux Freud sur lequel tout le monde cogne abondamment ces temps-ci –, expliquant que « les anciens célébraient la pulsion, prêts à vénérer en son nom même un objet de valeur inférieure, alors que nous méprisons l’activité pulsionnelle en elle-même et ne l’excusons qu’en vertu des qualités que nous reconnaissons à son objet » (‘Trois essais sur le théorie sexuelle’). Car c’est bien cette animalité de la pulsion, dans l’anonymat et l’exultation des corps, qui paraît fasciner Brandon, dont rien ne dit d’ailleurs qu’il méprise les prostituées qu’il paye, ou les inconnues qu’il convoite – en général avec franchise; si ce n’est une forme d'élégance.

Son addiction évoque donc surtout la saveur d’une perte de contrôle, d’un dérapage, d’une fascination pour le vertige, l’instable, le verglas, dans un univers aseptisé. Ainsi n’est-ce qu’avec l’irruption dans cette turbulente vie intime d’une jeune sœur, Sissy (Carey Mulligan, excellente pour son interprétation fébrile de ‘New York New York’), qu’il se trouve face à son drame intérieur, prenant conscience qu’il dérive, et que cette dérive constitue sa passion – dans un sens presque religieux.

Du coup, à l’heure où l’Assemblée nationale discute d’un durcissement des lois sur la prostitution et où Guéant joue les vertueux en persiflant sur l’ambulance DSK au bois de Boulogne, bref en un mot : à l’heure d’une suspicion du désir et d’une assez grossière condamnation morale des pratiques sexuelles hétérodoxes, la subtilité de Steve McQueen et de ses interprètes permet de respirer un coup. D’autant que la réalisation de ‘Shame’ se révèle magistrale de bout en bout ; notamment ces travellings où Fassbender court, en permanence à la limite du hors-champ, comme si le film parlait davantage de la ville entière que d’un seul homme. Ville où, pour maintenant citer Baudelaire dans ‘Le Spleen de Paris’, « ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l'âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l'imprévu qui se montre, à l'inconnu qui passe » (‘Les Foules’).

Très présente, la musique se voit d’ailleurs également traitée plastiquement, en termes d’espaces temporels, ce qui rapproche parfois ‘Shame’ d’un cinéma muet où l’implicite des corps apparaît plus évocateur que n’importe quel discours. Enfin, le film semble définitivement brillant (et profondément romantique), dans le discours qu’il sous-tend parfois sur le cinéma et le désir du spectateur : où l’excitation intime du voyeur qu’est Brandon paraît doubler la sienne comme par un jeu de miroirs – par exemple, lorsque le héros exhibe son coït avec une femme derrière une baie vitrée, ainsi qu’il a observé un couple d’inconnus le faire la veille, inversant les rôles du regardant et du regardé, de l’incité et de l'excité.

Décrivant une dérive obsessive avec ses variations, ses plateaux et ses pics d’angoisse, sans pathos, McQueen fait même presque preuve d’une certaine tendresse, et sa distance aux personnages en devient aussi juste et précise que son esthétique de l'espace au sein du cadre. Sa narration sobre, formelle, fait de ‘Shame’ un film ouvert, encadré par une antépiphore puissante et poétique. Bref, remarquable étude d’une âme ivre de se perdre, ce film est au moins autant un joyau sur le plan formel. Aussi troublant que pénétrant.

0

Critiques

Ajouter +

Détails

Classification :

12

FR sortie :

Mer déc 7, 2011

Durée :

120 minutes

Casting et Equipe technique

Réalisateur :

Steve McQueen (ii)

Avec :

Nicole Beharie, Michael Fassbender, James Cuenet, Carey Mulligan

L’avis des utilisateurs

0
<strong>Evaluation: </strong><span class='lf-avgRating'>0</span>/5
LiveReviews|0
1 person listening