Art contemporain : la revanche de la peinture

0

Comments

Add +

Marcel Duchamp avait dit qu'elle succomberait sous le poids de la photographie. Que le progrès technique la rendrait obsolète. Mais elle est toujours là, bel et bien vive. Et même en excellente forme. Cet été, la peinture s'invite dans les musées et galeries de Paris, comme pour prouver à quel point elle a su se réinventer ces dernières années. Quitte à vendre son âme aux démons du pastiche et de la désillusion. Détournements, iconoclasme, anti-peinture, anti-créativité... Pendant que Gerhard Richter copie des photos à Beaubourg, Guillaume Bresson couvre les décors du Titien de rayures Adidas et de violence urbaine à la galerie Nathalie Obadia. Ulrich Lamsfuss, lui, réfléchit à une époque « post-picturale » pour résister à la banalisation des images, alors que Vik Muniz, au lieu de s'enquiquiner à peindre, revisite les toiles de Manet ou Van Gogh à partir de puzzles ou de crème dessert au chocolat. Bref, chacun la conçoit à sa manière, mais tous les artistes contemporains réunis ici semblent vouloir redonner un sens à la peinture, coûte que coûte, soit en usurpant son héritage historique, soit en l'autopsiant comme on autopsierait un improbable revenant de l'histoire de l'art, soit en laissant libre cours à leur imagination. Richter (Gerhard), Richter (Daniel), Mocquet, Bresson, Muniz, Lamsfuss... Six artistes, six regards différents sur ce que signifie l'art de peindre aujourd'hui. Panorama.

  • 'Betty', 1977

    Expo • Gerhard Richter - La peinture autopsiée

    « La peinture est morte », vive la peinture ? Il y a cent ans, presque jour pour jour, Marcel Duchamp était catégorique quant au trépas de l’art du chevalet. Un siècle plus tard, on n'aurait pu imaginer plus extraordinaire contre-attaque que cette exposition dédiée à l'un des plus grands artistes plasticiens de notre temps. En 1966, Gerhard Richter reprenait d'ailleurs 'Le Nu descendant l'escalier' de Duchamp pour le délivrer de ses carcans cubistes... La suite
  • 'Sans titre', 2010-2012

    Expo • Guillaume Bresson - Baroque urbain

    Casquettes et survêts à l'appui, trois kaïra figées dans la minutie de la peinture à l'huile discourent dans une forêt. Le décor sort tout droit d'une toile du Titien ou de Tintoret. La pose, dramatique, théâtrale, sent le vieux machin académique. Le style est hyperréaliste ; les plis des vêtements travaillés avec un soin presque maniaque. L'ensemble baigne dans des clairs obscurs caravagesques ; le climat dégage des effluves sombres de romantisme, dignes d'un Géricault... La suite
  • 'Dirk Hasskarl, Michel Houellebecq (2003)', 2010

    Rencontre • Ulrich Lamsfuss - « Post pictural »

    Au moment où Gerhard Richter investit le Centre Pompidou, un autre partisan de l'hyperréalisme expose rue Beaubourg (jusqu'au 21 juillet 2012) sa vision « post picturale », telle qu'il se plaît à la décrire, de l'art du chevalet : Ulrich Lamsfuss. Le peintre allemand s'acharne à reproduire minutieusement à l'huile sur toile des photos parues dans des journaux, des revues de cinéma, des publicités, des manuels scolaires... Autant d'images qu'il se réapproprie, lentement... La suite
  • Rencontre • Marlène Mocquet - Electron libre

    Surréalisme, expressionnisme et yeux potelés de personnages de BD se croisent sur les toiles fantasques de Marlène Mocquet, réalisées à l'aide d'un vaste éventail de techniques (comme le recours aux ustensiles de cuisine) et d'une improbable quantité de matériaux (parmi lesquels la poussière de son atelier). Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2006, cette peintre française de 33 ans est l'une des étoiles montantes du monde de l'art... La suite
  • 'A Bar at Folies bergères, after Edouard Manet (Pictures of Magazine 2)', 2012

    Expo • Vik Muniz - Pastiche quand tu nous tiens

    Sirop au chocolat, pièces de puzzles, déchets, sang de synthèse… Autant de matériaux qui, a priori, n’auraient jamais vraiment dû pousser la porte des musées, et dont Vik Muniz, star du marché de l’art, se sert avec un malin plaisir pour détourner les peintures d’Edourad Manet, d’Odilon Redon, de Van Gogh et autre Titien. De son Caspar David Friedrich à base de mégots à sa Joconde en cacao, les icônes les plus sacrées de l’histoire de l’art en prennent pour leur grade... La suite
  • 'Sans-titre', 2012

    Expo • Daniel Richter - Usurpateur

    « Voyage, voyage. » Spéciale dédicace au tube pop de Desireless, fardé du kitsch étoilé des années 1980. On est prévenus : ici, l’ironie et les contresens viennent se tapir jusque dans le titre de l’exposition. Car le seul « voyage » auquel nous invite en réalité la galerie Thaddaeus Ropac nous conduit vers l’impasse. Celle de la peinture de Daniel Richter, illisible, infranchissable et pétrie de pièges. Héritier insoumis des avant-gardes européennes, l’Allemand usurpe les grands courants de l’histoire de la peinture... La suite



L’avis des utilisateurs

0 comments