Huang Yong Ping, 'Bugarach'

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Vue de l'exposition / © Huang Yong Ping / Photo : Fabrice Seixas / Courtesy de l'artiste et Kamel Mennour, Paris
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Vue de l'exposition / © Huang Yong Ping / Photo : Fabrice Seixas / Courtesy de l'artiste et Kamel Mennour, Paris
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Vue de l'exposition / © Huang Yong Ping / Photo : Fabrice Seixas / Courtesy de l'artiste et Kamel Mennour, Paris
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Le 21 décembre approche à grands pas : il est peut-être temps de se demander à quoi va ressembler cette satanée « fin du monde ». Ca tombe bien, Huang Yong Ping a fait le boulot pour nous. A la galerie Kamel Mennour, l’artiste chinois a créé une installation pour le moins étrange, fruit de son imagination débordante et caustique. L’œuvre nous emmène à Bugarach, village des Pyrénées françaises qui, d’après certains théoriciens ésotériques un brin illuminés – et leur lecture très contestée du calendrier maya – serait le seul lieu épargné par l’apocalypse imminente. Un endroit doté de pouvoirs extraordinaires, logés dans une cavité aux vertus surnaturelles.

Eh bien damned, le cataclysme made in Bugarach, ça ne donne pas envie. Tigre, cheval, serpent, biche, ours polaire, chat… Au total, seize créatures décapitées errent autour d’un fac-similé de pic montagneux – une grosse excroissance rocheuse venue percer le sol du fond de la galerie. Derrière ce tas de caillasse, c’est la surprise. Une immense assiette s’est écrasée sur le flanc de la montagne, comme une espèce de soucoupe volante prise au pied de la lettre. Dessus trônent les têtes des animaux, qui regardent comme des hallucinés un hélicoptère en plastoc : divinité de bric et de broc ou ange de l’apocalypse au moteur à piles époumoné, on ne sait trop. Mais ce qui est sûr c’est que, de leur vivant, ces pauvres bêtes en quête de rédemption n’ont pas banqué sur un Dieu particulièrement fructueux.

On retrouve dans cette farce absurde toute la dérision, l’amour du paradoxe et le sens critique qui font la richesse de l’œuvre de Huang Yong Ping. Avec son vaisseau-sauveur sans (queue ni) tête, ce digne héritier de l’esprit dada met le doigt sur quelque chose d’à la fois profondément ridicule, voire burlesque, et de très violent. Ces êtres empaillés, rigides, révolus, viennent incarner une cruelle désillusion : ici, rien n'est à sauver, il n’y a pas de force toute-puissante, que de la peau morte.

Par le passé, Huang Yong Ping avait déjà pris plaisir à déconstruire les grands mythes fondateurs, religieux ou philosophiques : la caverne de Platon, l’Arche de Noé, les mains de Bouddha… Là encore, en détournant les fantasmes nés d’interprétations « new age » des écrits maya, il élabore une scène aux faux airs mythologiques, teintée d'une critique grinçante de la bestialité de l'Homme, de la barbarie de nos rites religieux (sacrifices d’animaux, pèlerinages…) et des théories vaseuses (à la limite du sectarisme) inventées par notre époque en mal de spiritualité. Sorte de collage surréaliste aux éléments discordants (qui ne sont pas sans rappeler les cartes postales farfelues de Plonk et Replonk), ‘Bugarach’ pointe finalement vers un autre destin, sombre et apocalyptique à sa manière. Celui d’une société contemporaine condamnée à perdre la boule. Et s’autodétruire.

> Horaires : du mardi au samedi de 11h à 19h

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