Jerry Berndt, 'The Combat Zone'

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'Boston', 1967 / © Jerry Berndt
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'Raid in after hours joint, Boston', 1969 / © Jerry Berndt
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'Prostitute, Boston', 1968 / © Jerry Berndt
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'Prostitute looking out window, Washington Street, Boston', 1968 / © Jerry Berndt
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'3am, Washington Street, Boston', 1968 / © Jerry Berndt
Libre

"The Combat Zone". Un surnom qui colle à la peau du quartier le plus dur de Boston à la fin des années 1960. Et pour cause. Bastons, rapports de force, exploitation sexuelle, lutte raciale… Ici, parmi les bars de nuit et les strip clubs bondés de soldats en goguette, c'est la guerre. Entre les règlements de compte en tous genres et la brutalité du proxénétisme, il n'y a de place que pour la violence. Latente ou déclarée, elle ronge les rues. Seuls refuges : un comptoir de bar ou une salle de jeux d'arcade, dérisoires havres de répit où l'on vient souffler, quelques instants, avant de regagner le bitume.

En 1967, à la demande de l'université de Harvard, Jerry Berndt se met à mitrailler ce Boston de l'ombre et du vice. Comme un reporter de guerre, le jeune photographe de 24 ans s'aventure sur le champ de bataille pour s'approcher au plus près de la vérité ; armé de sa franchise et de son appareil photo, il montre le pire, sans prendre de gants. Jusqu'en 1970 (quelques années seulement après que « l'étrangleur de Boston » ait coupé le souffle de la ville, faisant treize victimes), Berndt se révolte en silence ; il œuvre surtout la nuit, tapi dans l'ombre, pour mettre à nu la gangrène (pauvreté, solitude, autodestruction) qui démange le quartier.

Issu de la classe ouvrière du Wisconsin, le fils de barman choisit clairement son camp. De prise de vue en prise de vue, il pose un regard fraternel et complice sur les perdants du système, les putes, les danseuses, les piliers de comptoir, les noirs. Parmi la vingtaine de photos exposées à la galerie In Camera, la guerre se fait parfois manifeste : ici, sur le dos d'une prostituée assommée par son mac, là, dans une séquence de plusieurs petites photos au fil desquelles Berndt déroule une scène de rue (baston raciste, geste machiste…) à la manière d'un court roman-photo. Mais la plupart du temps, le combat reste froid et sourd, se cristallise à peine dans un regard : regard résigné ou défiant, jeté par une âme solitaire, ou regard agressif, échangé entre un dominant et un dominé. Très subtil dans sa façon de saisir cette tension qui règne entre les femmes, les hommes, les blancs, les noirs, les « durs » (toughs) et leurs victimes, Jerry Berndt livre un reportage cru et ultrasensible. Son "Combat Zone" ne se contente pas de se dénuder sous nos yeux. Il nous prend à la gorge.

> Horaires : du mardi au samedi de 14h à 19h

Site Web de l'événement http://www.incamera.fr
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