Jesper Just

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'Sirens of Chrome', 2010 / © Jesper Just / Courtesy de la galerie Emmanuel Perrotin
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'Sirens of Chrome', 2010 / © Jesper Just / Courtesy de la galerie Emmanuel Perrotin
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'A Vicious Undertow' / © jesper Just / Courtesy de la galerie Emmanuel Perrotin
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'A Vicious Undertow' / © jesper Just / Photo : Guillaume Ziaccarelli / Courtesy de la galerie Emmanuel Perrotin
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'Llano', 2012 / Courtesy de la galerie Emmanuel Perrotin
Libre

Jesper Just maîtrise le langage du cinéma comme s’il avait tourné son premier court en couche-culotte. Sauf qu’à la construction de phrases pourvues d’un début, d’un développement et d’une fin, le Danois préfère jongler follement avec la grammaire, les codes et les références du septième art. A la manière d’un réalisateur qui aurait appris à parler la langue de Bergman sans ouvrir un Bescherelle, l’artiste s’amuse à créer des bribes de narration, sculptées dans la lumière et la musique. Des enfilades de moments qu'il rapièce pour bâtir des tableaux énigmatiques, plutôt que des histoires.

Alors que Just s’apprête à représenter le Danemark à la 55e biennale de Venise, la galerie Perrotin diffuse trois courts films du vidéaste. 'Sirens of Chrome', étouffant et torpide comme une voiture avançant lentement dans un car wash, esquisse une rencontre improbable entre femmes afro-américaines dans un ancien movie theater de Détroit, transformé en parking. Impénétrable, l'une d'entre elles offre son corps à un capot de bagnole tandis qu’à l’intérieur du véhicule, quatre jeunes filles observent avec une langueur de poissons d'aquarium. Un rituel étrange, tour à tour inquiétant et érotique, comme ces reflets de ruines baroques qui roulent, presque liquides, sur la carrosserie.

Siffler l’air de "Nights in White Satin", danser la valse et s’enfuir. Mais vers où ? 'A Vicious Undertow' dépeint, quant à lui, une inquiétante valse à trois, entre jeu de séduction et lutte de pouvoir. Une saynète ambiguë, d’une beauté crispante, qui n’est pas sans rappeler Cocteau, pour les contrastes et l’atmosphère fantastiques ; Lynch, pour son rythme lunatique et le regard délicieusement équivoque qu’il jette sur les rapports humains. Pour la première fois en France, on découvre aussi 'Llano', moins percutant (ici, ce sont la pluie, les débris, les plantes et le vent qui parlent à la place des hommes ; or on préfère l’art de Jesper Just lorsqu’il raconte les tords et les travers de l’espèce humaine, d'une voix rauque et déréglée) mais esthétiquement subtil, qui nous emmène sur les ruines de la ville fantôme de Llano del Rio en Californie, cité utopique laissée à l’abandon depuis un siècle.

Les fantasmes avortés, l’érotisme, la solitude, le rêve : au fond, les films du Danois ne demandent qu’à être apprivoisés par le spectateur. Chaque détail, aussi opaque soit-il, compte ou semble compter. A nous de l’interpréter. On se croyait au cinéma, connaître ses ressorts, ses portes de sortie. Mais les issues de secours sont verrouillées. Les voyages oniriques de Jesper Just ne nous conduisent nulle part. Car ici, ce qui compte, ce n’est pas l’atterrissage : c’est la chute.

> Horaires : du mardi au samedi de 11h à 19h

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