Mark Cohen, 'Dark Knees', 1969-2012

Notre sélection
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Woman with red lips smoking, 1975 / © Mark Cohen, Courtesy RoseGallery
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Blackberries, 2008 / © Mark Cohen, Courtesy RoseGallery
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Bare thin arms against aluminum siding, 1981 / © Mark Cohen, Courtesy RoseGallery
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Torn shirt, Wilkes-Barre, 2012 / © Mark Cohen, Courtesy RoseGallery
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Pink jumprope, 1975 / © Mark Cohen, Courtesy RoseGallery
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Bubblegum, Wilkes-Barre, 1975 / © Mark Cohen, Courtesy RoseGallery

Chaque jour depuis ses quatorze ans, Mark Cohen déambule dans la rue pendant quelques heures pour prendre des photos. Son appareil dans une main, son flash dans l'autre, il prélève quotidiennement des bribes de sa ville natale, qu'il n'a jamais quittée – Wilkes-Barre, Pennsylvanie. Chez lui, photographier est un geste spontané, une obsession à assouvir. Il ne vise pas, tient son appareil à bout de bras, s'approchant le plus possible de son sujet. Non pas dans un but documentaire, pas pour faire des portraits, mais pour rassembler des fragments épars du réel, des détails qui l'interpellent : un bout de sandwich sur le trottoir, les jolis boutons d'une veste, un T-shirt déchiré, une bulle de chewing-gum. De retour chez lui, sans réaliser de planches contacts ni de tirages de lecture, Mark Cohen se contente de dérouler son négatif pour choisir les photos qu'il va tirer – les autres, reléguées dans ses cartons, il n'en verra jamais la couleur. Pas de cadrage, pas de recadrage, un format immuable : ses clichés sont, jusqu'au bout, le fruit d'un sursaut intuitif, presque d'une performance.

Ce mode de prise de vue aléatoire et compulsif engendre des compositions hachées, forcément : corps sans tête, bouches, mains, pieds, morceaux de ville s'entassent, formant un ensemble un brin surréaliste, d'une grande poésie. C'est comme si l'on avait mis "pause" à un film en pleine action. Brutes, impulsives, ses photos gardent quelque chose d'énigmatique, comme le point de départ d'un récit dont on ne connaîtra pas la fin. Du fait de la méthode intrusive de l'Américain, les corps qu'il attrape dans son objectif sont marqués par la surprise, la nervosité, voire l'agressivité, en réaction à ce photographe qui, soudain, débarque à l'improviste, se colle au plus près d'eux, les éblouit de son flash, puis continue son chemin. C'est finalement ça, la photographie de Mark Cohen : un événement provoqué, une rencontre silencieuse. Une collision.

> Horaires : le mercredi et le vendredi de 12h à 20h, nocturne le jeudi jusqu'à 22h, le samedi de 11h à 20h, le dimanche de 11h à 19h.

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