Martial Raysse

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Martial Raysse, 'Made in Japan - La Grande Odalisque', 1964 / Photo : Philippe Migeat / Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP / © Adagp, Paris 2014
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Martial Raysse, 'Simple and Quiet Painting', 1965 / © Adagp, Paris 2014
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Vue de l'exposition 'Martial Raysse' / © TB - Time Out
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Vue de l'exposition 'Martial Raysse' / © TB - Time Out
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Vue de l'exposition 'Martial Raysse' / © TB - Time Out
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Vue de l'exposition 'Martial Raysse' / © TB - Time Out

Une explosion de couleurs, de néons et de dérision. L’art de Martial Raysse respire la joie de vivre et de créer, envers et contre les attentes du marché, du public ou de la culture avec un grand C. Déjà, pendant les années 1960, cette ferveur était souvent incomprise des institutions alors que le Français s’inspirait librement du pop art et s’associait aux Nouveaux Réalistes pour imaginer un carnaval de pastiches tirés de l’image publicitaire, des produits de consommation de masse, de la culture populaire et, surtout, de l’histoire de l’art (une Odalisque verte par-ci, une Vénus rose par-là). Sans se prendre au sérieux comme Warhol ni revendiquer la profondeur critique de ses parodies récidivistes comme Lichtenstein, Martial Raysse s’amuse avec la forme et la couleur, jonglant entre un culte du « moche » assumé (‘L’Appel des cimes / Tableau horrible’) et une célébration continuelle du corps féminin – comprendre : pin-ups fluos en bikinis armées de parasols.

Et pourtant, radical, Raysse l’est instinctivement. Peut-être même plus que ses homologues américains. Radical d’un point de vue formel, d’abord : dès sa période pop-isante, le peintre alors installé aux Etats-Unis expérimente et invente à tout prix, s’armant des matériaux de la vie moderne (lumière, objets en plastique, film) pour aller toujours plus loin. Comme les guitares des sixties, ses toiles se branchent volontiers aux prises électriques pour s’habiller de néons et de vidéos – une de ses installations, ‘Raysse Beach’ (des femmes en maillots de bain installées sur une plage de sable saupoudrée de jeux gonflables), va même jusqu’à s’accompagner d’un juke-box qui fait couler ses tubes de pop sur le Centre Pompidou.

Radical d’un point de vue intellectuel et politique également : lorsque le pop art se met à flirter trop étroitement avec la culture dominante, Martial Raysse coupe rapidement les ponts. Retour en France. Mai 68. Engagement. Désillusion. Commence alors une période sauvage, trouble et gavée d’hallucinogènes : pour Raysse, les années 1970 se partagent entre communautés hippies, acides, champis, ramassis d’objets récupérés et vidéos complètement psychédéliques où les trips entre amis et les détournements croisent une dénonciation latente de la société de consommation. Le goût de l’assemblage et du bricolage sont toujours là – mais l’artiste navigue désormais en électron libre, à contre-courant.

L’exposition aurait presque pu s’arrêter là – n’en déplaise à l'artiste, qui chérit plus que toutes autres les œuvres de sa maturité. Mais qui dit rétrospective dit exhaustivité, et le Centre Pompidou nous emmène jusqu’aux années 2000, avec une (copieuse) fin de parcours qui laisse un peu perplexe. Avec l’âge, le mauvais goût, la culture populaire et la palette fluo sont restés collés au pinceau de Raysse, mais racontent désormais la France profonde, les fêtes populaires, les stations balnéaires, le verni à ongle bleu électrique et les vaches de nos prairies. Certes, ce réalisme cradingue, avec son micmac de couleurs dissonantes et ses envolées délirantes, témoigne encore de la liberté rafraîchissante et profondément anticonformiste qui traverse toute l’œuvre de Martial Raysse. Mais notre petit doigt nous dit que cet art récent qui n’en fait qu’à sa tête risque d’être, une fois de plus, désespérément incompris.

> Horaires : tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h.

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