Maryan, 'La Ménagerie humaine'

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  • Peinture
/ Collection particulière, courtesy Michel Soskine Inc., Madrid-New York. © DR
Maryan, Personnage (détail), 1962

Maryan, de son vrai nom Pinchas Burstein, fait partie de cette génération brisée par le basculement du XXe siècle dans l'horreur. Né en Pologne en 1927, il grandit en passant de ghettos en camp de travail, de camp de travail en camp de concentration. Laissé pour mort par les nazis, il en sortira comme l'unique survivant de sa famille.

De cette jeunesse balafrée, Maryan tire une œuvre hantée par la violence, la guerre et le génocide. Au cœur de ses peintures à l'huile ou de ses toiles à l'encre de Chine, s'imprime l'impossibilité d'oublier ce qui s'est passé, de croire à nouveau en l'humanité après avoir connu la barbarie, de s'exprimer là où les mots semblent incapables de décrire l'horreur.

Alors que sa peinture est d'abord influencée par le cubisme et l'abstraction, émergent peu à peu des corps difformes, des visages repoussants, des faces de clowns en uniforme, tandis que le noir semble se débattre avec des couleurs criardes. Des personnages mi-hommes mi-animaux aux mimiques simiesques, aux bouches rouges braillardes qui tirent la langue ou semblent hurler un cri silencieux.

« S'il n'y avait pas le grotesque dans la vie, on se suiciderait », avait déclaré le peintre polonais, qui émigra à Paris puis à New York. Marqués par Goya ou George Grosz, ses personnages vomissent-crachent-urinent-défèquent-coulent-dégoulinent, comme s'ils tentaient d'expulser par tous leurs pores leur mal-être profond.

C'est d'ailleurs face à cette incapacité de s'exprimer que le psychanalyste new-yorkais de Maryan lui recommande de dessiner en 1971 pour se libérer des images qui le hantent. Il en découle neuf carnets cathartiques, presque cinq cents dessins qui évoquent avec un humour grinçant les camps, ses souvenirs d'enfance, l'amputation de sa jambe ou le théâtre de Beckett. Présentés pour la première fois à l'occasion de l'exposition du MAHJ, ils apparaissent comme l'épine dorsale d'une œuvre torturée, singeant une humanité cruelle et obscène.

> Horaires : du lundi au vendredi de 11h à 18h, nocturne le mercredi jusqu'à 21h, le dimanche de 10h à 18h.

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