Mathieu Pernot : La Traversée

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Notre sélection
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Jonathan, Avignon, 2001 (série 'Les Hurleurs', 2001-2004) / © Mathieu Pernot
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Monica, Barcelone, 2004 (série 'Les Hurleurs', 2001-2004) / © Mathieu Pernot
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'Caravane', 2013 (série 'Le Feu') / Courtesy de l’artiste / © Mathieu Pernot
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Mantes-la-jolie, 1er juillet 2001, (série 'Implosions', 2001-2008) / Courtesy de l'artiste / © Mathieu Pernot
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Roger Demetrio, 1944 / Photographie d’identité sur un carnet anthropométrique / Archives départementales des Bouches-du-Rhône
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Roger Demetrio, 1999 (série 'Un camp pour les bohémiens') / © Mathieu Pernot
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'Fenêtres', 2007 / Courtesy de l’artiste / © Mathieu Pernot
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'Les Migrants', 2009 / Courtesy de l’artiste / © Mathieu Pernot

Photographier l’inphotographiable. Des gens invisibles. Un cri. La disparition d'un immeuble. Un passé que personne n’a jamais écrit, jamais documenté. C’est ce que Mathieu Pernot s’acharne à faire depuis une vingtaine d’années, se posant en témoin d’une autre histoire contemporaine – celle des marges, des Roms, des banlieues, des migrants sans domicile, des prisons. Dans le travail complexe de cet artiste originaire de Fréjus, la photo documentaire n'est qu'une partie du puzzle : elle participe à raconter une histoire, au même rang qu’une archive de police, qu’un carnet anthropomorphique de la Seconde Guerre mondiale ou qu’un témoignage d’immigré afghan, gribouillé dans un carnet. Documenter à tout prix. Montrer, pudiquement, l’envers du décor. Devenir les yeux et la mémoire de ceux qui ont été oubliés sur le bas-côté des récits officiels.

Au Jeu de Paume, Mathieu Pernot suit la vie de gitans qu’il a croisés tout au long de sa carrière. Avec les anciens, il remonte jusqu’au souvenir des camps de travail nazis, interroge les survivants, retrace, sur de grandes feuilles de papier, l’itinéraire du dernier voyage des disparus. Avec les plus jeunes, il immortalise les scènes du quotidien, les cris lancés à un ami devant une prison, ou les rites funéraires, à l’occasion desquels on met feu à la caravane des défunts.

Il en va de même pour les migrants SDF, cachés dans des sacs de couchage en pleine ville, dont il ne capture que la présence, sans corps et sans visage. Ou pour ces cités de la région parisienne dont il immortalise la destruction, saisissant comme un historien du moment présent, des nuages de fumée qui s’étendent, presque palpables, au milieu de terrains vagues. A côté, des cartes postales des années 1950, 60 et 70 ventent le charme des « grands ensembles » de banlieue, comme un étrange retour vers le futur dans lequel figurent les témoins (les acteurs de ces images publicitaires, dont il amplifie les portraits) d’un passé utopique qui n’a jamais vraiment eu lieu. Dans tous les cas, Mathieu Pernot interroge les représentations conventionnelles de notre monde. Au fil de ses rencontres et des voyages, des histoires s’écrivent comme des traces de pas sur du sable mouvant. Profondes et versatiles.

Téléphone de l'événement 01.47.03.12.50
Site Web de l'événement http://www.jeudepaume.org
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