Nuit Blanche • Rencontre avec Laurent Le Bon

Le directeur artistique de l'édition 2012 nous parle de Paris à l'infini.

0

Commentaires

Ajouter +

© Time Out


Dynamique, audacieux, ouvert d'esprit, Laurent Le Bon, directeur du Centre Pompidou-Metz, n'a pas peur de prendre des risques quand il s'agit de mêler patrimoine historique et art contemporain. Après avoir présenté Jeff Koons et Xavier Veilhan au château de Versailles, le voilà aux commandes de l'édition 2012 de la Nuit Blanche, dont il assure la direction artistique. L'enfant terrible des conservateurs du patrimoine a voulu réinventer la manifestation en la plaçant au cœur de Paris : il nous confie ses tuyaux pour éviter la foule et nous parle d'architecture, d'infini et de lance-flammes.


> Quelle est, selon vous, la particularité de cette Nuit Blanche ? Comment avez-vous cherché à réinventer la formule ?

J'ai appelé cette édition « Paris à l'infini ». L'idée était d'articuler la Nuit Blanche autour d'une seule zone géographique, incarnée par une ligne : la Seine. Etrangement il n'y a encore jamais eu de Nuit Blanche le long du fleuve. J'ai donc imaginé une ligne qui va d'est en ouest, que l'on peut prendre dans le sens que l'on veut, et rejoindre où l'on veut : la densité des événements (avec 120 propositions en tout, on tombe sur une animation environ tous les 100 mètres) devrait permettre aux Parisiens d'aller et venir librement, sans avoir à se cantonner à un parcours défini.


> Quels aspects de Paris avez-vous souhaité mettre en avant ?

La star de cette Nuit Blanche, c'est Paris. On a peu l'occasion de se promener le long de la Seine, sans voitures, la nuit.
J'ai voulu créer une utopie pour un soir en montrant la ville différemment, avec une certaine qualité de silence et de vide : en plaçant la manifestation au cœur de la capitale, là où se trouvent la plupart de ses grandes institutions historiques, mais aussi en sollicitant son architecture contemporaine. Montrer que Paris n'est pas totalement « patrimonialisée », que ce n'est pas une ville morte, qu'elle s'inscrit toujours dans une dynamique. Nous avons recensé des dizaines d'architectures contemporaines, créées ces 40 dernières années, que l'on peut découvrir tout au long du parcours. Certaines sont très connues, comme le Centre Pompidou, d'autres moins, voire en chantier : on pourra ainsi pénétrer sur le chantier des Halles ou sur celui du centre commercial de Beaugrenelle, ou découvrir la Halle Fressinet, qui sera prochainement rénovée.


> Quels lieux nous recommandez-vous ?

Il y aura une quinzaine de belvédères habituellement inaccessibles au public (le toit du musée du Quai Branly, le 24e étage de la tour de Jussieu, etc.). C'est peut-être le point fort de cette édition.
Près de Notre-Dame, on pourra par exemple grimper en haut de la tour Morlan, finalement assez méconnue des Parisiens - un lieu étonnant, où vous avez l'impression d'avoir Paris dans la main. On garde souvent des souvenirs éclatés de la Nuit Blanche, j'ai l'impression qu'on se rappelle surtout de moments magiques, dans la ville, dans la nuit, un monument éclairé, un lieu inattendu... C'est le genre de moment que j'espère susciter en laissant une place à ces vues, et à des phénomènes un peu étranges, en ouvrant, par exemple, la culée du pont Alexandre III et le tunnel sous les Tuileries.


> On connaît les désavantages de la Nuit Blanche : forte affluence et longues attentes. On finit souvent par faire beaucoup de queue pour voir peu de choses. Avez-vous cherché à éviter les effets de foule ?

Il y a une quarantaine de propositions de plus que les années précédentes - si la foule se répartit à peu près équitablement, logiquement, il devrait y avoir moins de queue. En revanche, il faudra sans doute prévoir beaucoup d'attente pour accéder aux belvédères.


> Que recommanderiez-vous aux Parisiens pour qu'ils tirent le meilleur de la Nuit Blanche, quelles sont les stratégies à adopter (et à ne pas adopter) pour profiter au mieux du parcours ?

Les gens, on le voit chaque année, ont tendance à aller au centre. Je pense qu'il faut attaquer par les extrémités - comme les extrémités ne sont pas isolées cette année, on peut tranquillement commencer par l'ouest ou l'est et se diriger vers le centre au fil de la nuit. La plupart des grandes institutions historiques qui se trouvent le long de la Seine participent à la Nuit Blanche : la plupart ferment entre 1h et 3h du matin (Louvre, Grand Palais, Arts Déco...). Je serais donc tenté de dire aux Parisiens de viser d'abord ces lieux patrimoniaux ou les belvédères, aux extrémités, et puis d'expérimenter la ville en deuxième partie de soirée, en allant voir des projections ou des choses en extérieur. Il y aura notamment plusieurs éléments mobiles : le bateau lanceur de flammes du Groupe F (spécialisé dans la pyrotechnique), qui apporte une lumière assez différente de celles qu'on a l'habitude de voir le long de la Seine, devrait être particulièrement impressionnant.

L’avis des utilisateurs

0 comments