Pierre et Gilles : Héros

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Pierre et Gilles, 'Le Printemps arabe', 2011 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles, 'Le Mariage pour tous', 2013 / © Pierre et Gilles / Courtesy de la galerie Daniel Templon
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Pierre et Gilles, 'Oreste', 2013 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles
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Pierre et Gilles, 'Octobre', 2011 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles, 'Achille', 2011 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles, 'Prométhée', 2013 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles, 'La Poupée merveilleuse', 2012 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles, 'Narcisse', 2012 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles, 'Les Escaliers de la Butte', 2011 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
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Pierre et Gilles, 'Le Chevalier du crépuscule', 2013 / Courtesy de la galerie Daniel Templon, Paris
Libre

Mais au fait, à quoi servent Pierre et Gilles ? C'est la question qui nous titille après avoir visité cette exposition à la galerie Daniel Templon, où le duo présente sa toute dernière série, 'Héros' – encore un prétexte plus ou moins convaincant pour revisiter et détourner la tradition du portrait, en s'appropriant, cette fois, les divinités antiques, Batman, Léonidas, Narcisse, les militants gays ou les héros de la Révolution soviétique. Quarante ans que le couple français cuisine avec la même recette : des portraits-studio d'éphèbes nus – cul bien moulé et tablettes de chocolat obligatoires – ou de beautés célèbres (Anna Mouglalis, Isabelle Huppert, Zahia, Arielle Dombasle…), qu'ils enduisent de paillettes et de mauvais goût assumé, en peignant soigneusement chacune de leurs photographies. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut pas leur reprocher de perdre leur griffe au fil du temps. Chaque tableau, enveloppé d'un cadre exagérément baroque, dégouline encore et encore de ce kitsch décomplexé et gluant, reconnaissable en un coup d'œil.

Effets brillants, palette rose bonbon, poses aguicheuses… La formule se conjugue à toutes les sauces et permet au photographe et au peintre d'aborder aussi bien le printemps arabe (un type à poil parmi les roses), que le mythe du titi parisien (Marina Foïs en marcel rayé à Montmartre), le christianisme (Anna Mouglalis en sainte Véronique) ou le talon d'Achille (un beau gosse blessé d'une flèche au pied, sur fond de nuages fuschia). Et tout ça pour quoi ? Pour alléger, paraît-il, les sujets qui fâchent (ou pas). En les traitant sans y apporter une quelconque réflexion.

Le problème, c'est que ces quelques allusions à l'actualité (en dernier lieu, le mariage gay) ne signifient pas que Pierre et Gilles ont su renouveler leur discours. Bien au contraire : leur volonté de soulever les grands débats de notre époque ne fait que souligner la futilité d'une démarche finalement adaptable à tout et n'importe quoi. Car si cet art barbe-à-papa volontairement kitsch, impudique et frivole (voire assez drôle par moments) revêtait une dimension subversive pendant les années 1970 et 1980, dans la mesure où il pouvait bousculer l'homophobie et une certaine bienséance anachronique, aujourd'hui, cette débauche de fleurs, de célébrités et de corps sirupeux, que l'on connaît par cœur, cache mal un propos réchauffé et désespérément creux. Et le plus gênant dans tout ça, c'est que Pierre et Gilles (qui ont récemment poussé la porte du Jeu de Paume ou du musée d'Orsay) jouissent désormais d'une place et d'une visibilité de choix dans le paysage artistique. Une place qui aurait pu leur permettre de diffuser un message pro-gay constructif et pertinent, dans un pays qui en a le plus grand besoin. A la place, ils se contentent de faire de l'art pour faire de l'art, du Pierre et Gilles pour du Pierre et Gilles. Confortablement installés dans leur trône, en hérauts d'une esthétique queer caricaturale. Et ô combien lassante.

> Horaires : du lundi au samedi de 10h à 19h.

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