Richard Mosse, 'Infra (Photographies de l'Est du Congo, 2010-2012)'

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© Richard Mosse
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'Colonel Soleil's Boys', 2010 / © Richard Mosse
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'Come Out' / © Richard Mosse
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'Ruby Tuesday', 2011 © Richard Mosse
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'Men of Good Fortune' / © Richard Mosse
Libre

Voir la guerre en rose bonbon. Emmitoufler la violence dans une sorte de barbe à papa. C’est le parti pris radical de Richard Mosse, jeune photographe qui écume depuis plusieurs années l’Est du Congo, mitraillant les champs de bataille à l’aide d’une pellicule Aérochrome. Mis au point par l’armée américaine en 1942, ce film infrarouge permet de détecter les uniformes-camouflage : la végétation se dissimule derrière des nuances de fuchsia, laissant apparaître crûment, dans des tons verdâtres, les vêtements et les visages des soldats rebelles cachés dans la nature.

Entre fiction, documentaire et expérimentation artistique, la démarche ambivalente de l’Irlandais cherche à pousser le photojournalisme dans ses retranchements, à biaiser la réalité pour, paradoxalement, mieux la mettre à nu. Le photographe édulcore les horreurs du conflit congolais au point de les faire glisser vers une sorte de fiction douçâtre et trompeuse, en parfait décalage avec le sujet traité. Créer de jolies images pour provoquer la gêne, flatter le regard en le nourrissant de couleurs qu'il associe habituellement aux bonbons Haribo ou au rouge à lèvres, pas aux machettes et aux Kalachnikov : de photo en photo, la formule est toujours la même, déstabilisante, efficace, au point de frôler une certaine facilité.

Mais qu'importe si le procédé frise parfois la redondance. Parmi la quinzaine d'images exposées au Centre culturel irlandais (dont quelques grands formats), on retient surtout que Mosse, lorsqu’il est au sommet de sa technique, signe des œuvres à valeur véritablement iconique. D’une puissance rare, certaines photos cristallisent avec une ironie déroutante le cauchemar de cette guerre interminable : un paysage de collines cotonneuses, saupoudrées d'un parme qui grince face à la menace latente ; les soldats du Colonel Soleil plantés en rang d’oignon dans un champ couleur chamallow, comme téléportés dans un univers surnaturel, écœurant, dépourvu d’issues de secours ; deux rebelles emmurés dans des feuillages pourpres, comme éclaboussés d’hémoglobine... Dans ces moments-là, on touche à quelque chose d’unique, à une œuvre riche de ses contradictions. Pas de doute, le kitsch a rarement été aussi perfide que chez Richard Mosse. Et le rose aussi sombre.

> Horaires : du lundi au samedi de 14h à 18h (nocturne le mercredi jusqu’à 20h) / le dimanche de 12h30 à 14h30

Site Web de l'événement http://www.centreculturelirlandais.com
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