Roy Lichtenstein, 'Une rétrospective'

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Roy Lichtenstein, 'M-Maybe', 1965 / © Estate of Roy Lichtenstein, New York / ADAGP, Paris, 2013
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Roy Lichtenstein, 'Sunrise', 1965 / © Estate of Roy Lichtenstein, New York / ADAGP, Paris, 2013
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Roy Lichtenstein, 'Whaam!', 1963 / © Estate of Roy Lichtenstein, New York / ADAGP, Paris, 2013

Donald et Mickey pêchent joyeusement sur un ponton, heureux d'avoir attrapé un poisson. Voilà la première image, tirée d'une bande dessinée, que Roy Lichtenstein (1923-1997) reproduit sur une grande toile en 1961. L'artiste américain trace dès lors un sillon qu'il ne quittera plus : réagissant aux « caractéristiques les plus cyniques et les plus menaçantes de notre culture », il régurgite la société de consommation triomphante des années 1960 en exacerbant « l'énergie, l'impact, la franchise, la sorte d'agressivité » de l'imagerie populaire, qu'elle vienne des comics, de la publicité ou de l'art. Dans une réappropriation ironique de la civilisation industrielle, il « cache la trace de la main » et imite la machine, réutilisant par exemple les points et les trames de l'imprimerie, devenus sa marque de fabrique.

Une idée simple qui résume, avec l'œuvre d'Andy Warhol, ce qu'on nommera le pop art. Une idée impertinente, réfléchie et très moderne certes, mais que Lichtenstein ne cessera de dérouler, inlassablement, pendant des décennies. Au point que l'on pourrait se demander, un brin provocateurs, si les deux premières salles ne suffisaient pas à cette rétrospective. Après 1965, ses relectures de l'œuvre d'autres artistes (Picasso, Mondrian, Cézanne, Matisse…), ses clins d'œil (à l'expressionnisme abstrait notamment, dont il fige le coup de pinceau) ou la mise en abyme de son propre travail (particulièrement lors de ses allers-retours entre peinture et sculpture) finissent par sembler vains et mécaniques, comme une parodie trop usée. Et le fait que son esthétique soit devenue l'une des plus iconiques du XXe siècle n'aide pas à lutter contre cette impression lassante.

Reste ce sentiment étrange – peut-être ce que l'exposition arrive à susciter de plus intéressant – qui surgit quand on visite ce genre de rétrospectives au post-modernisme assumé. Derrière ses couleurs vives et sa légèreté de façade, le pop art exhale quelque chose de crépusculaire, comme s'il actait la fin d'une certaine idée de l'art désormais incapable d'aller plus loin en avant. Comme condamné à rejouer à l'infini ses propres gestes, avec toujours plus de recul, jusqu'à l'étourdissement – ou l'écœurement.

> Horaires : désormais, l'exposition sera ouverte tous les jours jusqu'à 23h jusqu'à sa fermeture.

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