Crime et châtiment

Visite guidée du Paris meutrier

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  • © Emmanuel Chirache

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Il est presque 18h, un vendredi soir gris et pluvieux. Vous avez rendez-vous au pied de la statue de Danton, à Odéon, pour une visite guidée du « Paris Criminel, Paris Meurtrier ». Sur le chemin, vous vous demandez à quoi peut bien ressembler un circuit touristique de ce genre. Alors votre imagination fait des bonds. Votre guide portera-t-il un blouson en cuir noir qu'il jettera négligemment sur son épaule en murmurant de façon inquiétante « et à ce jour, l'assassin n'a jamais été arrêté », avant de tourner les talons vers un autre haut-lieu de la criminalité parisienne ? Sera-t-il grimé, maquillé, dérangé, un peu comme un acteur raté qui poursuivrait ses rêves sordides en organisant des promenades, façon « Paris Haunted Tour » ? Rassurez-vous. Dorothée Hervin ne ressemble ni à l'un, ni à l'autre. Ok, elle porte un imperméable long et sombre, et son regard parfois vous fixe de manière un poil insistante. Mais les visites que cette passionnée de droit et d'histoire policière organise à travers les rues de Paris sont loin d'être artificielles ou surjouées.

Deux heures de circuit dans le Quartier Latin, pour essayer de cerner les différentes facettes du crime parisien, pour battre le pavé en explorant les traumatismes sociétaux que dessinent les faits divers, pour comprendre les mutations de nos façons d'enquêter, de juger ou de punir. Tout en essayant - en tous cas autant qu'il est possible de le faire avec ce sujet - de ne pas tomber dans le voyeurisme. De toute façon, la promenade est difficile à illustrer, alors Dorothée dégaine son porte-documents pour mieux vous plonger dans son récit. Dans le passage de la cour Saint-André, là où fut conçue la machine à couper les têtes : une vieille image de guillotine. « Mais par pitié, ne l'appelez pas guillotine ». La guide défend l'inventeur, rappelle que le dessein du pauvre médecin Guillotin fut seulement de mettre au point un système rapide qui abrègerait au mieux les souffrances des condamnés : « préférez Les bois de justice, la Veuve, l'abbaye de Monte-à-Regret, la Louisette, la Mirabelle... » Un peu plus loin, au lieu où il fut arrêté : un vieux portrait de Louis-Joseph Philippe, tueur en série parisien qui assassina sa dizaine de prostituées à l'heure où Jack l'éventreur mettait encore des couches. Et à chaque fois, l'anecdote devient le mobile, le point de départ qui lui permet questionner son auditoire : « Et à votre avis, combien de meurtres sont commis chaque années et combien sont élucidés ? Existe-t-il des tueurs en série en Chine ? »

Le ton est dynamique, le parti-pris s'attache à mettre les faits en perspective. Passer dans la rue où Charlotte Corday poignarda Marat ? D'accord, mais pas sans s'interroger sur la rapidité avec laquelle la justice de l'époque condamna et exécuta la jeune fille. Evoquer, en passant devant l'appartement du crime, une vieille affaire qui vit un innocent jeter sous les barreaux ? Oui, mais pas sans épiloguer sur les erreurs judiciaires et le système parfois bancal des tribunaux. Revenir sur les pas de l'une des victimes de Thierry Paulin, le tueur de grands-mères ? Bien-sûr, mais seulement pour rappeler comment et pourquoi fut créer le fichier national des empreintes digitales ou, plus tard, suite à l'affaire Guy Georges, celui qui centralise actuellement l'ADN des délinquants.

La visite se termine un peu loin sur les marches des Arènes de Lutèce, l'occasion de retracer les événements qui conduiront Philippe Maurice à tuer un policier non loin de là, avant d'être condamné à mort - le dernier, puis gracié en 1981. Impossible de ne pas sentir combien tous ces sujets agitent, émeuvent ou révoltent notre guide. Et puisque la nuit tombe, puisque le groupe commence à se disperser, l'heure devient propice aux confidences. A son tour de se raconter. Comment devient-on guide et spécialiste des affaires criminelles ou policière ? Aimer l'histoire, évidemment (et d'ailleurs, elle ne s'interdit pas pendant son circuit les détours pour passer devant tel ou tel monument et en raconter le destin). Mais, plus précisément, en 2006, c'est une émission sur la fascination exercée à l'époque par les exécutions publiques qui la met sur la voie. La mort comme spectacle. Et finalement, de fil en aiguille, c'est elle qui va se jouer du thème. Mais en mettant un point d'honneur, justement, à ne jamais tomber dans le spectaculaire.

Dorothé Hervin - Les visites de Théo
Douze euros - Trois circuits proposés : Paris Policier (pouvoir, contrôle et genèse de la justice sur l'Ile de la Cité), Paris Assassin (Secrets et énigme criminelles autour de Chatelet-Les-halles), Paris Meurtrier (Révolution et science du crime dans le Quartier Latin). Et si vous voulez éviter les groupes trop nombreux, privilégiez le vendredi soir.

 


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