100 % Cache-misère

Critique du film de Valérie Lemercier

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On est allé voir '100 % Cachemire' avec plein d'amour dans notre petit cœur pour Valérie Lemercier, qu'on trouve très drôle. Et puis on est venu, on a vu, on a été vaincu. Alors voilà, le film n'est pas drôle du tout. On pourrait juste l'ajouter à la liste des pires comédies françaises de 2013 qu'on avait dressée en début d'année, mais le film représente si bien certaines tares du cinéma hexagonal actuel qu'on a décidé de s'épancher un peu. Le problème n'est pas tant '100 % Cachemire' en lui-même. Une comédie ratée, ça arrive, ce n'est pas bien grave. Non, le souci tient à cette impression dérangeante de regarder un film qui n'aurait pas dû voir le jour et dont la réalisation tient à un système de production mal fait, un système qui préfère monter les films sur les noms des acteurs et sur la rentabilité, même faible, d'une comédie que sur un bon scénario et une vraie proposition de mise en scène.

Résultat, ce long métrage de Valérie Lemercier ressemble à une comédie de mœurs bien de chez nous, avec ses bourgeois ridicules, ses cathos coincés (se moquer des bourges cathos et coincés du 8e arrondissement en 2013, est-ce bien raisonnable ?), ses enfants méchants, ses adultères, sa satire sociale dessinée à gros traits au fusain qui tache, sa pléiade de seconds rôles dont on imagine sans peine qu'ils servent d'argument scénaristique facile (« une galerie de personnages déjantés » dirait la note d'intention) alors qu'ils n'apportent pas grand-chose. Le pire, c'est qu'on pardonnerait aisément tous ces clichés à un film hilarant. Or, et c'est là que le bât blesse, chaque réplique visant à faire mouche sonne atrocement faux, au point que le spectateur peut presque sentir les pages du script dans ses mains durant la projection. Très vite, ce script lui tombe des mains. Malgré tous les bons efforts des comédiens, les dialogues ressemblent à des blagues de potache qui n'auraient jamais dû passer le stade du brainstorming au café du coin. « D'où vient votre enfant ? » demande le vieux catho coincé au couple Valérie Lemercier/Gilles Lellouche qui vient d'adopter le jeune Aleksei. « De ton cul, réplique Lellouche. Oui, Tonku, c'est une petite bourgade des steppes de Sibérie » (on cite de mémoire, pardon pour les approximations. Et pour info, la blague rend mieux à l'écrit).

On sent confusément que la réalisatrice a voulu mettre sa patte irrévérencieuse à travers les aspects satiriques du film, que ce soit avec cet enfant russe patibulaire et antipathique ou la belle-mère juive un peu raciste. Pourtant '100 % Cachemire' ne mord pas, préférant au final mettre l'accent sur le bon fond des gens, la tolérance et tout est bien qui finit bien. Avec davantage de travail, un scénario plus amusant, une mise en scène plus inventive qui jouerait sa partition comique, le film aurait pu faire un peu rire il y a vingt-cinq ans. Seulement voilà, Internet est passé par là. Impossible aujourd'hui de ne pas prendre en compte la révolution introduite par ce média hyper souple, riche d'idées et dont l'économie « pauvre » a ouvert d'autres voies à la création. Sur le Web, en cinq minutes, des courts métrages en disent plus long qu'une œuvre de deux heures, et en trois plans, des sketches provoquent plus de rires que toute la filmographie de certains auteurs de comédies. Le cinéma français croit pouvoir ignorer cette révolution ou la récupérer pour la fondre dans son moule, comme lorsque Norman Thavaud participe à 'Pas très normales activités' de Maurice Barthélémy, mais il se leurre.

Même en considérant le point de vue de la réalisatrice, qui souhaite briser les préjugés et installer une relation filiale entre un couple et son enfant adopté, on constate des ratés de mise en scène symboliquement forts, comme dans cette séquence où le mari propose à Aleksei de faire un tour en moto. Alors que le film aurait pu faire suivre une scène intéressante où père et fils partagent quelque chose, le montage procède à une ellipse de ce moment qui parasite presque la compréhension : le père fait bien un tour en moto, mais avec sa femme ! D'une certaine manière, '100 % Cachemire' incarne un malaise, celui d'un système qui finance des grosses machines dont paradoxalement on ne peut même pas dire qu'elles « sont bien foutues ». Un système conservateur qui fait l'impasse sur le risque et fabrique à l'envi des comédies standardisées en comptant sur l'aide des probabilités : au bout d'un moment, il y en a bien une qui va cartonner.


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