4 raisons d'aller voir 'Inside Llewyn Davis' des frères Coen

That's all folk !

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Malgré ses défauts, une forme de nonchalance, un choix de chansons pas toujours heureux surtout axé sur la ballade folk alors que d'autres morceaux plus modernes auraient pu être adaptés, il faut aller voir 'Inside Llewyn Davis' des frères Coen. Pourquoi ? Voici déjà quatre bonnes raisons.

1. Parce que le folk, c'est bien

Si le folk n'est pas mort et continue de faire parler de lui, surtout à travers ses chanteuses, force est de constater qu'il n'a pas la même aura que pendant les années 1960, lors de ce qu'on a parfois appelé la « renaissance folk ». Le film prend place juste avant l'incroyable popularité de ce mouvement porté par Bob Dylan, Joan Baez, Simon & Garfunkel, Pete Seeger, Tom Paxton aux Etats-Unis. En présentant cette musique à l'époque où elle n'est pas encore rentable (« je ne vois pas beaucoup d'argent là-dedans », répond un producteur au héros après son audition à Chicago), les frères Coen rendent hommage à un genre qui a toujours fait la part belle aux losers magnifiques, aux vagabonds, aux « hoboes ». Car le folk – comme « peuple » – puise ses origines dans le creuset anonyme de la musique populaire venue du fond des âges, celle véhiculée par les chansonniers et les troubadours qui erraient de village en village pour y transmettre les légendes ou les dernières nouvelles de la ville. Quoi de plus naturel dans ce cas de faire du héros du film un homme qui chaque jour cherche un nouveau gîte, fait tous les mauvais choix et annonce à la fin de ses chansons « celle-ci, je pense que vous la connaissiez déjà », comme si un morceau de folk appartenait moins à son auteur qu'à ses auditeurs ?


2. Parce qu'il fait plus froid dans le film que dehors

'Inside Llewyn Davis', c'est d'abord New York en plein hiver 1961. Il neige, les voitures sont carrossées comme des pin-ups, et le héros se promène avec la même veste en velours de jour en jour, grelottant sans cesse. Une splendide lumière rasante et froide irradie tout le film le long de séquences belles comme des tableaux, et le moindre plan de coupe semble avoir été réfléchi longtemps, à l'image de ces plans de chat fugueur, de routes qui cheminent entre les forêts, de brouillard matinal, d'appartements bourgeois de l'Upper West Side ou de la bohème de Greenwich Village. Les nuits froides et blanches se succèdent, et c'est bercé par le roulis d'une voiture ou le son d'une guitare qu'on s'assoupit doucement avec Llewyn Davis, lequel porte sur ses traits la lassitude de l'échec. Certains trouveront peut-être cette langueur ennuyeuse, alors qu'elle rend le film au contraire passionnant et authentique.


3. Parce que le héros est insupportable mais qu'on l'aime quand même

Il faut le dire : avec Llewyn Davis, Oscar Isaac campe un héros particulièrement antipathique. « Ne mords pas la main qui te nourrit » dit le proverbe, ce dont le guitariste semble se moquer éperdument : alors qu'il est régulièrement hébergé par un couple de riches intellectuels new-yorkais, Llewyn se comporte avec eux de la pire des manières. De même, il couche avec la copine d'un de ses amis musiciens dans son dos, puis quand ce dernier le branche sur une séance en studio pour qu'il puisse toucher un peu d'argent, Llewyn demande, perplexe : « Qui a composé ce truc ? » Silence. « C'est moi », répond l'autre, admirablement joué par Justin Timberlake. On comprend alors que peu de musiciens trouvent grâce à ses yeux, une suffisance qui le pousse à refuser tout compromis et à s'enfoncer inexorablement. Pour autant, on finit par aimer Llewyn Davis, à trouver touchant son entêtement obtus, à rire de ses vannes cyniques, à se laisser envoûter par son chant quand il va voir son père à l'hospice.


4. Parce que c'est drôle

Chez les frères Coen, l'humour joue toujours un rôle important, il forme un rempart contre la morosité, installe une distance ironique avec le sujet du film. C'est encore le cas pour 'Inside Llewyn Davis' où, par touches légères et fines, les réalisateurs en disent plus long sur l'époque avec un trait d'humour qu'à travers une description laborieuse. Ainsi dans une séquence, Llewyn récupère une caisse de ses propres disques invendus, dont son label souhaite se débarrasser. Il la ramène alors dans l'appartement d'Al Cody, un autre musicien folk qui l'accueille pour la nuit. En voulant cacher sa caisse de vinyles sous un fauteuil, le chanteur bute sur quelque chose : c'est une caisse de 33 tours, contenant les invendus d'Al Cody. On se délectera aussi des scènes chez les Gorfein, ces intellectuels juifs du très chic Upper West Side qui ont fait de Llewyn Davis leur caution bohème, leur « ami musicien ». Les Gorfein accueillent Llewyn avec une générosité non feinte et lui présentent sans arrêt d'autres convives, tous plus bizarres les uns que les autres, geeks à lunettes joués par des seconds rôles étonnants. Il y a aussi ces séquences presque oniriques dans la voiture qui emmène le guitariste à Chicago avec un John Goodman en hâbleur taquin et vanneur. Sa présence donne autant lieu à des joutes verbales très drôles qu'à des moments de beauté insolites, quand Llewyn joue de la guitare ou quand le chauffeur lit de la poésie.



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