5 films d'Alain Resnais à voir

Le réalisateur est mort à l'âge de 91 ans

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  • Hiroshima, mon amour (1959)

    Sorti en 1959 et tiré de l'œuvre homonyme de Marguerite Duras (qui participe d'ailleurs activement à son adaptation, se chargeant du scénario et des dialogues), le film d'Alain Resnais est un véritable manifeste esthétique, parfois comparé à la révolution du regard entreprise pour la peinture par Picasso et ses 'Demoiselles d'Avignon'. Et en effet, son récit éclaté fait de 'Hiroshima mon amour' un sommet d'expérimentation narrative, d'une modernité incomparable pour son époque, auquel Godard rendra d'ailleurs hommage l'année suivante dans une séquence d''A bout de souffle' (où Belmondo passe devant une affiche du film). Evidemment, on est quand même chez Duras : dès le début, il y a une mise en abîme, où une actrice française (Emmanuelle Riva) vient à Hiroshima tourner un film sur la paix. Elle y rencontre un architecte japonais, qui devient son amant et son confident, à la veille de son retour pour Paris. Pendant deux jours, ils se fuient et se cherchent. Et cela lui rappelle le flirt qu'elle avait eu avec un soldat allemand pendant la guerre. Après 'Nuit et Brouillard' (superbe documentaire sur la mémoire et les camps de concentration), Resnais affirme à nouveau, avec son premier long métrage de fiction, le souvenir comme une dynamique majeure de son travail, établissant une communication entre passé et présent par un jeu sur la durée et la mémoire du spectateur, pour lequel les images, les mots, les sensations se répondent à travers le déroulement de ce film fractal. Aigu et stupéfiant.

    Hiroshima, mon amour (1959)
  • L'Année dernière à Marienbad

    Deux ans après sa collaboration avec Marguerite Duras pour ‘Hiroshima mon amour’, Alain Resnais s'adjoint ici les services d'Alain Robbe-Grillet, autre figure majeure du Nouveau Roman, au scénario et aux dialogues. Véritable expérience perceptive et mentale, le film, quand on en sort, paraît tout bonnement indescriptible. Dans un hôtel de luxe, un homme (Giorgio Albertazzi) tente de convaincre une femme (Delphine Seyrig) qu'ils ont eu une liaison, l'année dernière à Marienbad. Voix-off hypnotiques, paramnésie d'images, de mots, de récits où passé et présent se confondent. Ainsi, la mémoire du spectateur elle-même finit par contribuer à la construction de ce film majestueux,  aux costumes signés Coco Chanel, et dont le formalisme – inspiré de ‘L'Invention de Morel’ d’Adolfo Bioy Casares (compagnon de route de Borges) – en fait presque parfois un trip psychédélique. Prix Méliès et Lion d'or à Venise en 1961, le labyrinthe onirique de ‘Marienbad’ hante les cinéphiles depuis plus de cinquante ans. Et constitue peut-être le plus grand chef-d’œuvre d'Alain Resnais – qui, remarquez, en compte tellement dans sa carrière… Pourtant, à travers le titre de son prochain film, le jeune homme de 91 ans affirme que nous n'avons encore rien vu… Ça laisse songeur.

    L'Année dernière à Marienbad
  • Je t'aime, je t'aime (1968)

    A priori, ‘Je t’aime, je t’aime’ est un film de science-fiction : le héros, Claude Ridder, sert de cobaye à des scientifiques qui ont inventé une machine permettant de remonter le temps pendant une minute. Mais c’est en réalité à un voyage passionnant à travers la mémoire du personnage que nous invite Alain Resnais. Car l’expérience tourne mal : Claude semble se cramponner au passé et reste prisonnier de la machine, qui fait surgir des souvenirs aléatoires en pagaille. Comme les morceaux fragmentés d’un puzzle recomposés peu à peu, l’histoire d’amour entre Claude et Catrine renaît alors sous nos yeux. D’abord heureuse, l’idylle laisse vite place à une tragédie que le montage échevelé du cinéaste installe par à-coups, par va-et-vient successifs dans la vie et les rêves du personnage joué par Claude Rich. Avec ‘Je t’aime, je t’aime’, Alain Resnais invente en fait une mise en scène participative, il compte sur l’intelligence et la mémoire du spectateur pour reconstituer le film, de la même manière que le cerveau humain sait lire un mot dans le désordre à condition que les première et dernière lettres soient les bonnes. Ce procédé habile permet à Resnais de détruire les codes classiques de la narration et de peindre à la place un tableau impressionniste et poétique. Hélas, le film connaîtra un échec commercial dû à des circonstances défavorables. Sélectionné à Cannes en 1968, il ne pourra pas être projeté à cause de l’annulation du festival, puis sa sortie en salles coïncidera avec mai 68. Il faudra donc attendre plusieurs années avant qu’il ne devienne culte.

    Je t'aime, je t'aime (1968)
  • Mon oncle d'Amérique (1980)

    Avec 'Mon oncle d'Amérique', Resnais continue d'explorer le morcellement cellulaire de la vie humaine, se faisant non pas entomologiste mais « eutonologue ». Le mot a été inventé par Henri Laborit, médecin, neurobiologiste, éthologue et philosophe, pour décrire son propre travail. L'eutonologie est la science qui étudie le comportement humain. Le film de Resnais est d'ailleurs conçu comme la mise en images des théories passionnantes de Laborit, qui intervient lui-même dans certaines séquences du film. A travers différentes biographies dont la narration s'imbrique les unes dans les autres, Resnais dévoile donc les règles tacites, secrètes, comportementales, qui se cachent derrière les trajectoires de chacun. En dépit de sa qualité de film expérimental, 'Mon oncle d'Amérique' dégage aussi une grande poésie et un message d'humanisme très fort qui est résumé par la phrase de Laborit : « Nous ne sommes que les autres. Quand nous mourons, c'est les autres que nous avons intériorisés dans notre système nerveux, qui nous ont construit, qui ont construit notre cerveau, qui l'ont rempli, qui vont mourir. »

    Mon oncle d'Amérique (1980)
  • Smoking / No Smoking (1993)

    Moins connu que le très bon 'On connaît la chanson', le diptyque 'Smoking / No Smoking' est pourtant l'un des tout meilleurs films d'Alain Resnais. Comme d'habitude avec le réalisateur, le film tourne autour d'un concept expérimental, plusieurs concepts, même. Tout d'abord, tous les personnages du film sont interprétés par deux comédiens uniquement, Pierre Arditi et Sabine Azéma, qui sont formidables de souplesse. Ensuite, l'histoire s'articule selon un principe à la fois original et terriblement amusant : que se serait-il passé, si le personnage n'avait pas fait ou dit ceci, mais cela ? A chaque fois, l'histoire bifurque et Resnais nous présente donc les infinies trajectoires contenues dans une seule, preuve qu'une vie est avant tout une série de choix, une tension entre un déterminisme et une liberté, comme le professeur Laborit l'expliquait aussi dans 'Mon oncle d'Amérique'. Drôle, ludique, intelligent, esthétique (il est tourné en studio et illustré par des dessins du merveilleur Floc'h), 'Smoking / No Smoking' questionnera le spectateur autant qu'il le divertira.

    Smoking / No Smoking (1993)

Hiroshima, mon amour (1959)

Sorti en 1959 et tiré de l'œuvre homonyme de Marguerite Duras (qui participe d'ailleurs activement à son adaptation, se chargeant du scénario et des dialogues), le film d'Alain Resnais est un véritable manifeste esthétique, parfois comparé à la révolution du regard entreprise pour la peinture par Picasso et ses 'Demoiselles d'Avignon'. Et en effet, son récit éclaté fait de 'Hiroshima mon amour' un sommet d'expérimentation narrative, d'une modernité incomparable pour son époque, auquel Godard rendra d'ailleurs hommage l'année suivante dans une séquence d''A bout de souffle' (où Belmondo passe devant une affiche du film). Evidemment, on est quand même chez Duras : dès le début, il y a une mise en abîme, où une actrice française (Emmanuelle Riva) vient à Hiroshima tourner un film sur la paix. Elle y rencontre un architecte japonais, qui devient son amant et son confident, à la veille de son retour pour Paris. Pendant deux jours, ils se fuient et se cherchent. Et cela lui rappelle le flirt qu'elle avait eu avec un soldat allemand pendant la guerre. Après 'Nuit et Brouillard' (superbe documentaire sur la mémoire et les camps de concentration), Resnais affirme à nouveau, avec son premier long métrage de fiction, le souvenir comme une dynamique majeure de son travail, établissant une communication entre passé et présent par un jeu sur la durée et la mémoire du spectateur, pour lequel les images, les mots, les sensations se répondent à travers le déroulement de ce film fractal. Aigu et stupéfiant.


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