Les dix meilleures séries comiques (5/10)

'The Office'

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Sans aucun doute, David Brent est le personnage le plus pathétique de l'histoire de la télévision. Créé et incarné par le fantastique Ricky Gervais (le rôle lui vaudra d'ailleurs la récompense du meilleur acteur dans une série comique télévisée), ce manager d'une petite filiale d'une entreprise de papeterie représente le col blanc, l'employé de bureau avec un milligramme de pouvoir, dans toute sa splendeur. Imbu de lui-même, perclus de préjugés, persuadé d'être un bon boss proche de ses ouailles, drôle et ouvert, il symbolise en réalité la « banalité de la bêtise », pour détourner un concept d'Hannah Arendt, une forme évoluée de la stupidité. En prétendant lutter contre le racisme ou la misogynie, David Brent véhicule au contraire les pires stéréotypes sur le sujet. Sa volonté d'apparaître « cool » et détendu vis-à-vis du racisme, par exemple, le pousse à venir voir le seul métis de l'entreprise pour lui dire que son acteur préféré est « Monsieur Sidney Poitier ». S'il agit ainsi, c'est parce que David Brent vit dans un monde qui évolue plus vite que lui, qu'il ne comprend pas et au sein duquel il ne trouve pas sa place.

Ce néant social dans lequel le personnage se situe provoque chez le spectateur un malaise profond, qui peut rendre la série particulièrement glauque pour certains observateurs. Avec une art inégalé du regard-caméra (la série est tournée comme un documentaire), des fins de phrase à la tonalité descendante et des mimiques embarrassantes, Ricky Gervais fait de David Brent un être aussi touchant que grotesque, comme une scorie d'un vieux monde qui vit ses derniers soubresauts. L'entreprise de papeterie elle-même connaît les heurts de la mondialisation, puisqu'on y parle de restructuration et de licenciements, et que le bureau (« the office ») cristallise finalement toutes les enjeux de la société capitaliste : compétitions humaine, amoureuse, professionnelle... Très vite, cet open space se transforme en un atroce pénitencier qui vérifie l'adage « L'enfer, c'est les autres ». Si la série tourne essentiellement autour du tragi-comique David Brent, d'autres protagonistes lui donnent un aspect soit burlesque (l'abominable Gareth), soit plus empathique (Tim, seul personnage auquel le spectateur peut vraiment s'identifier), sans qu'aucun ne puisse voler la vedette au bureau tout puissant, cet espace où se joue tous les jours une comédie humaine pathétique.

La courte durée des épisodes et des saisons rend l'intrigue plutôt intense, de même que le principe des entretiens individuels face à la caméra brise la monotonie. Très libre, la mise en scène joue sur les silences, les détails, les zooms ou le second plan, une méthode qui laisse une grande liberté d'expression aux acteurs, qui jouent un rôle déterminant dans la réussite de la série. Adaptée plus tard aux Etats-Unis avec Steve Carrell dans le rôle principal, 'The Office' connaîtra là-bas un succès encore plus grand tout au long de ses neuf saisons. La version anglaise reste toutefois supérieure à sa cousine américaine, car elle n'est pas seulement une excellente sitcom, mais aussi une œuvre dérangeante et novatrice, où le rire laisse parfois un arrière-goût de tristesse et un spleen durable.

Pour qui :
ceux qui aiment l'humour noir et qui pensent que là où il y a de la gêne, il y a du plaisir.

Nombre de saisons : 2 + deux épisodes de Noël.

Le détail qui tue : une série avec pour générique la mythique chanson "Handbags and Gladrags" de Chris Farlowe et Mike d'Abo (réarrangée pour l'occasion) ne peut que se révéler une série de bon goût.

 


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