Du sexe et des films
Rhâââââââ lovely !!!
Pour la Saint-Valentin, on aurait pu, certes, vous concocter un bon vieux best of des comédies romantiques. Seulement, allez savoir pourquoi, l'inspiration nous est venue d'ailleurs... Et avouons-le, assez manifestement de sous la ceinture. Il faut dire que le cinéma entretient avec l'érotisme un rapport privilégié : ne serait-ce qu'à travers la position de voyeur où le spectateur se trouve pris, de fait – et en général pour son plus grand plaisir. Aussi nous trouverions-nous à deux doigts de caresser l'idée selon laquelle le cinéma serait un art intrinsèquement sexuel ? Comme la théorie pure n'a que peu d'intérêt en la matière, passons directement à la pratique !
L'amour à deux (version champêtre)
Etant donné qu'à peu près n'importe quel film comporte une ou plusieurs scènes de frotti-frotta, il nous a bien fallu trouver un point de départ : commençons donc tranquillement, dans un cadre bucolique, champêtre... presque courtois ! « Mignonne, allons voir si la rose, qui ce matin avait déclose » et tout le tralala. Sauf que, subitement, Ronsard prend un sérieux coup de fouet devant les formes affolantes de la Scarlett de 'Match Point' ! Ou dans la timidité crue de Silvana Mangano en MILF pasolinienne, face à un Terence Stamp rimbaldien et diaboliquement sensuel – même lorsqu'il court après son chien...
'Match Point' de Woody Allen
'Théorème' de Pier Paolo Pasolini
... ou à trois
Comme dirait l'autre : « Ca vous a plu, hein, vous en d'mandez encore ? » Passons donc à la vitesse supérieure, puisque les films sont faits pour vivre sans limite ce que le quotidien ne nous distille qu'au compte-goutte. Or, plus on est de fous, plus on rit ; et voilà un bon moment que le cinéma réitère régulièrement son affection pour les plans à trois... De 'La Maman et la Putain' d'Eustache à 'Spring Breakers' d'Harmony Korine, en passant par 'Ken Park' de Larry Clark (scénarisé par Korine, qui a décidément l'air travaillé par la thématique du threesome) ou 'Les Innocents' de Bertolucci, les triangles érotiques foisonnent désormais à en faire rougir de pudeur 'Les Deux Anglaises et le continent'... De notre côté, c'est au Mexique que nous avons été chercher cette jolie scène, en mode "Deux gars, une fille", avec un tout jeune Gael Garcia Bernal affublé d'une tignasse de joueur de foot, Diego Luna et Ana Lopez Mercado. Autant vous prévenir : c'est muy caliente à partir de 14'30 au sein de l'extrait suivant...
... ou à quatre
Une fois, deux fois, trois fois... Qui dit mieux ? Bah Blier, évidemment Blier : comment évoquer le sexe au cinéma sans se ruer sur ses 'Valseuses' (enfin, façon de parler, hein). En 1974, une Isabelle Huppert aussi jeune qu'effrontée découvre ainsi les plaisirs de la chair, en compagnie des inénarrables et décontractés Depardieu et Dewaere, la tête sur les genoux de Miou-Miou. A noter que cette scène qui, entre d'autres mains, aurait pu être simplement obscène, se révèle ici d'une tendresse inattendue...
'Les Valseuses' de Bertrand Blier
... ou à plus ?!
Bon, OK, là ça devient de la goinfrerie – voire un spectacle complètement flippant. Avec cet ultime film de Stanley Kubrick, mésestimé à sa sortie, on en oublie même l'inexpressivité habituelle de Tom Cruise... Associant érotisme, sacrifice, cérémonie religieuse et société secrète, l'orgie de 'Eyes Wide Shut' fait immanquablement penser à Georges Bataille sur un thème obsédant de Ligeti. Or, si l'ensemble pourrait être atroce (et nous éloigner assez dangereusement de la fête des amoureux), le tour de force de Kubrick est de parvenir à rendre cette séquence captivante par sa maîtrise de l'espace, le rythme de ses travellings et ses jeux de symétrie brisée. Un must dérangeant, qui met littéralement le spectateur à genoux...
'Eyes Wide Shut' de Stanley Kubrick
Entre filles
Bien, bien, bien... Voilà, maintenant on se calme, tout va bien, on reprend ses esprits, et l'on se recentre délicatement sur quelques bienveillantes amours saphiques, avec deux des plus belles scènes entre filles de ces dernières années. Et l'on tâche de respirer (ou pas), en évitant soigneusement tout jeu de mots graveleux sur le patronyme de Mila Kunis. Ouf.
Entre mecs
Parité oblige : direction le rayon homme. D'abord avec 'J'ai tué ma mère', étonnant premier film d'un Xavier Dolan, qui, à 19 ans, définit dans cette scène d'amour multicolore l'esthétique baroque et clipesque qui restera sa marque de fabrique ; puis en compagnie des deux cow-boys du 'Brokeback Mountain' d'Ang Lee, Jake Gyllenhaal et Heather Ledge, pour quelques râles virils poussés dans l'obscurité.
'J'ai tué ma mère' de Xavier Dolan
'Le Secret de Brokeback Mountain' de Ang Lee
Surréalisme
A bout de souffle ? Ça tombe bien, nous aussi... D'où ce petit détour par l'onirisme et le cinéma fantastique, où David Cronenberg nous démontre qu'on peut tout aussi bien faire l'amour avec sa télé, et où Almodovar rend hommage, dans le triste et beau 'Parle avec elle', à 'L'Homme qui rétrécit' (1957) de Jack Arnold et à une hilarante nouvelle de Bukowski ('Le Petit Ramoneur'). Un peu de poésie, ça fait du bien quand même...
'Videodrome' de David Cronenberg
Pas sages à l'oral
Voilà, alors avant que cet article ne parte définitivement en sucette (oui, bon, d'accord), reconnaissons qu'il y a encore bien d'autres films, d'autres scènes qu'il aurait fallu mentionner. Ne serait-ce que pour poser cette question qui nous démange : Vincent Gallo utilise-t-il, oui ou non, une prothèse dans cette fameuse scène de sexe oral de 'The Brown Bunny' (lui prétend que non, mais enfin le doute reste permis) ? Pourtant, comme dirait Michel Blanc, il faut bien conclure, et quoi de mieux pour cela que des préliminaires (effectivement, on a parfois un peu l'esprit de contradiction) ? Entre Louis Malle, Warhol et Almodovar (bis), gageons qu'il y en aura pour tous les goûts... Et qui sait, ça en inspirera peut-être certain(e)s ?
'Les Amants' de Louis Malle
'Talons aiguilles' de Pedro Almodovar
'Blow Job' d'Andy Warhol
Voir tout notre dossier Saint-Valentin
Saint-Valentin
Le 14 février approche à vitesse grand V. C'est le moment de se pencher sur les préliminaires, histoire de ne pas être pris au dépourvu. Plus que quelques jours pour réserver une table pour deux dans un hôtel-restaurant de charme, ou se procurer un bon vieux DVD graveleux. Ca tombe bien : romantiques acharnés, célibataires en goguette et Saint-Valentin-phobes, la rédaction a pensé à vous en cette fête de l'amour. En plus de vous souffler quelques idées de cadeaux sexy et autres bonnes adresses pour se tripoter, on en profite pour faire une virée du côté du cinoche érotique et de l'art génital, histoire de patienter pas trop sagement avant le jour J. A la vôtre... La suite
