10 films à voir adaptés de bandes dessinées

Diaporama • Célébrant la rencontre du cinéma et de la bande dessinée, voici notre top 10 des meilleurs adaptations de BD en chair et en os et sur grand écran : où l'on retrouve des films de David Cronenberg, Terry Zwigoff, Park Chan-wook...

1/10

Ghost World

 

de Terry Zwigoff, avec Thora Birch, Scarlett Johansson et Steve Buscemi

 

Respecter une œuvre ne passe pas toujours pas une adaptation fidèle. C'est ce que nous ont appris Daniel Clowes et Terry Zwigoff, en portant à l'écran 'Ghost World', magnifique brûlot adolescent qu'ils ont dû détourner pour mieux éviter les pièges de l'industrie hollywoodienne. Le pot aux roses fût révélé un an après la sortie du film, à l'occasion d'un jeu de question-réponse à la Comics and Graphics Novels Conference. Interrogé sur sa fidélité à l'œuvre, le duo d'auteur reconnut que les producteurs, voyant le projet se monter, pensait agrémenter le film d'une bande-son très pop pour en faire un parfait teen-movie commercial. Le personnage de Seymour, anecdotique dans la bande dessinée, servit alors de prétexte pour présenter deux jeunes filles en pleine rébellion sur fond de jazz et de blues, plutôt que sur du Savage Garden. Si les Buzzcocks et l'entêtant "Devil Got My Woman" de Skip James apparaîssent dans l'histoire, c'est au détriment de la chanson "A Smile And A Ribbon", présente sur le papier, ainsi qu'au dépens du graphiti donnant son titre au comics, dont les apparitions furent coupées au montage. Une décision qui renvient à Daniel Clowes lui-même, effrayé que l'histoire soit noyée par cet énigmatique slogan. Quelques scènes de la bande dessinée, dont celles d'ouverture et de clôture, se retrouvent tout de même, filmées très fidèlement par Zwigoff qui en profitera pour tirer l'univers de Clowes vers une ambiance banlieusarde digne des frères Cohen. Avec un Steve Buscemi en pleine gloire comme clef de voûte, un tel parti pris ne pouvait qu'être un succès.

 

2/10

American Splendor

 

de Shari Springer Berman et Robert Pulcini, avec Paul Giamatti et Harvey Pekar

 

‘American Splendor’ est l’autobiographie plus ou moins diffractée, tordue, fantasmée de son scénariste, Harvey Pekar. Au milieu des années 60, marqué par sa rencontre avec Robert Crumb sur une brocante de Cleveland où tous deux chinaient des vinyles, Pekar apparaît comme l’un des premiers scénaristes de comics à avoir su creuser le potentiel littéraire de ce médium. Plus tard, il propose au dessinateur de 'Fritz the Cat' de mettre en images son autobiographie ; Crumb accepte et c’est le début d’‘American Splendor’, anthologie de la vie d’Harvey Pekar, publiée de 1976 à 2008, deux ans avant sa mort. Outre Crumb, ‘American Splendor’ aura joui des illustrations de Chester Brown, Gary Dumm, Frank Stack ou Joe Sacco. Or, face à ce monument de la BD américaine, le film de Shari Springer Berman et Robert Pulcini recourt à une stratégie astucieuse : la multiplication des Pekar. A la fois incarné par Paul Giamatti, apparaissant lui-même comme acteur du film, ou à travers des cartoons le représentant, Harvey Pekar traverse joyeusement cet hommage qui lui est fait – et qui lui témoigne une assez jolie fidélité.

 

3/10

A History of Violence

 

de David Cronenberg, avec Viggo Mortensen, Maria Bello et Ed Harris

 

Cetainement l’un des meilleurs parmi les récents films de David Cronenberg, ‘A History of Violence’ est un parfait exemple d’adaptation réussie d’une bande dessinée en cinéma à grand spectacle. Reprenant le titre et la trame du comic-book scénarisé par John Wagner et mis en images par Vince Locke, Cronenberg en distille l’intrigue sur un rythme décalé, jouant sur un montage à contre-temps, d’une ironie diffuse et mordante à l’égard des clichés du film d’action. En outre, il a le flair de convoquer Viggo Mortensen, tout juste sorti de la trilogie du ‘Seigneur des anneaux’, dans le rôle principal tout en nuances de cette sombre histoire de vengeance et de contamination des êtres par la violence. Ils travailleront d’ailleurs à nouveau ensemble à deux reprises, pour ‘Les Promesses de l’ombre’ en 2007, et ‘A Dangerous Method’ quatre ans plus tard.

 

4/10

Kick-Ass

 

de Matthew Vaughn, avec Chloë Moretz, Aaron Taylor-Johnson et Nicolas Cage

 

Quand ‘Kick-Ass’ débarque dans les rayons de comics en 2008, Dieu est déjà mort depuis longtemps et le traditionnel super-héros – avec ses pouvoirs magiques, son slip rouge et son charisme tout-puissant – n’est pas loin d’avoir passé l’arme à gauche. Alors, pour lutter contre les méchants et la pourriture de ce monde, c’est désormais le commun des mortels qui doit se démerder comme un grand, en faisant de la gym dans sa chambre pour sculpter son corps fébrile et en bricolant des costumes en Lycra, le soir, après le collège.

Si l’oncle de Spiderman disait qu’ « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », Kick-Ass, lui, vise moins haut : « Les comics se plantent. Pas besoin de traumatismes, de rayons cosmiques ou d'anneaux magiques pour faire un super-héros. Il faut juste le parfait dosage d'optimisme et de naïveté. » Ordinaire, boutonneux et geek jusqu’à l’os, l’adolescent Dave Lizewski (Aaron Taylor-Johnson) incarne l’anti-super-héros par excellence dans la BD de Mark Millar (éditions Marvel), merveilleusement adaptée au cinéma par Matthew Vaughn en 2010. Décidé à botter le cul des vilains malfaiteurs en s’armant de son corps fluet et de son habit vert et jaune acheté sur eBay, il rencontre au cours de sa lutte trébuchante contre le Mal, le justicier aguerri Big-Daddy (Nicolas Cage) et sa fille de onze ans, Hit-Girl (une truculente Chloë Grace Moretz), capable d’anéantir tout un clan mafieux en dix secondes chrono. Au cinéma, le premier volet de la série ne perd pas une once de l’esprit grinçant de la bande dessinée : tourné sur un rythme tonitruant, à cheval entre le comic strip et le jeu vidéo, il rend un hommage parodique au genre dans un joyeux cocktail d’humour, de violence et de dérision. Et refuse catégoriquement, au passage, d’être lissé par le vernis du grand écran.

 

5/10

V pour Vendetta

 

de James McTeigue, avec Natalie Portman et Hugo Weaving

 

Début 2014, Alan Moore affirmait qu’à la longue, l’abondance de super-héros risquait de virer à la « catastrophe culturelle ». La méfiance entretenue par l’auteur de ‘From Hell’, ‘Watchmen’ ou ‘La ligue des gentlemen extraordinaires’ à l’égard des adaptations filmiques de ses comics est d’ailleurs de notoriété publique. Il n’empêche, ses scénarios fonctionnent à merveille sous à peu près n’importe quelle forme. Mais surtout, son ‘V pour Vendetta’ (écrit avec David Lloyd entre 1982 et 1990) a symboliquement dépassé le cadre de la culture populaire, pour constituer une sorte de référence de l’avant-garde culturelle – voire politique ? Le masque de Guy Fawkes, porté par son héros et repris par les Anonymous, semble en effet désormais prétendre au statut de symbole d’une nouvelle forme d'anarchie humaniste, numérique, radicale et planétaire. De quoi, sans doute, dépasser les attentes mêmes d’Alan Moore.

 

6/10

The Dark Knight

 

de Christopher Nolan, avec Christian Bale, Heath Ledger et Gary Oldman

 

Deuxième opus des aventures de l’homme chauve-souris sous la houlette de Christopher Nolan, ‘The Dark Knight’ reste très probablement, à ce jour, la meilleure adaptation de Batman au cinéma. En particulier grâce au personnage du Joker, interprété ici avec passion par Heath Ledger (mort peu avant la sortie du film), qui restera l’un de ses antagonistes les plus réjouissants, subversifs et déglingués. Sombre et violent, ‘The Dark Knight’ aura d'ailleurs mis tout le monde d’accord en termes d’adaptations de comics de super-héros au cinéma. Bref, un incontournable du genre.

 

7/10

La Vie d'Adèle

 

d'Abdellatif Kechiche, avec Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux

 

Bon. Tout a déjà été dit sur ‘La Vie d’Adèle’. Y compris que Kechiche n’aurait pas nécessairement été très classe vis-à-vis de Julie Maroh, auteure de ‘Le Bleu est une couleur chaude’ (publié par Glénat en 2010), dont il s’est effectivement largement inspiré pour son film, reprenant tels quels plusieurs passages de la bande dessinée. Seulement, vampirisé par son actrice principale, 'La Vie d'Adèle' ajoute à cette histoire d’amour entre deux jeunes femmes une temporalité purement cinématographique, avec une énergie qui lorgne, selon la méthode de Kechiche, vers le documentaire – qu’il conjugue, ici, à un érotisme vorace. Au fond, son film et la BD de Julie Maroh ne diffèrent pas seulement par leurs conclusions et le nom de leur héroïne. Mais aussi et surtout par leurs moyens d’expression. Chacun s'affirmant, naturellement, dans son genre.

 

 

8/10

Scott Pilgrim

 

de Edgar Wright, avec Michael Cera et Mary Elizabeth Winstead

 

En France, ce quatrième film du grand Edgar Wright ('Shaun Of The Dead', 'Hot Fuzz') a été victime de la politique désastreuse de son distributeur (Universal) : décalage de la sortie du film, promotion absente et surtout 16 copies en VO sur toute la France. Résultat, un film étoile filante qui méritait bien mieux et aurait pu séduire un large public. Adapté d’un comics indépendant canadien, Scott Pilgrim raconte la vie d’un adolescent, interprété par l’hilarant Michael Cera, qui doit combattre et vaincre les sept ex-petits amis maléfiques de sa copine. Mais là où le film devient passionnant, c'est que l'existence de Scott épouse la forme de ses passions de jeune geek. Visuellement, le film présente alors l’aspect d’une explosion de formes, d’onomatopées façon BD dessinées à l’écran, de codes empruntés aux jeux vidéo (les combats, les niveaux à passer, les bruitages permanents), d’esthétique manga (les cheveux dressés, les couleurs, les petits cœurs), et de rock garage (Scott joue dans un groupe, les Sex Bob-Ombs, dont la musique est composée par Beck et Nigel Godrich). De plus, le montage ultra dynamique, les ralentis ou accélérations et les effets comiques visuels originaux transforment ce film et en fait bien plus qu'une bande dessinée sur grand écran, puisque Edgar Wright parvient à réaliser la fusion des cultures populaires les plus récentes en les associant aux problématiques adolescentes. A cet égard, on vous conseille la lecture passionnante de cet article qui montre comment Scott Pilgrim réalise le grand projet de la pop : libérer les adolescents du mal-être qui caractérise cette période. 

 

 

9/10

Old Boy

 

de Park Chan-wook, avec Min-sik Choi et Ji-tae Yu

 

Publié au Japon à la fin des années 90, dessiné et scénarisé par Nobuaki Minegishi et Garon Tsuchiya, ‘Old Boy’ se voit adapté en 2004 par le Coréen Park Chan-wook, pour constituer le deuxième volet de sa "triologie de la vengeance", entre ‘Sympathy for Mister Vengeance’ et ‘Lady Vengeance’. Transposant le manga à succès au cinéma, Park Chan-wook en simplifie l’intrigue – courant sur huit volumes – pour se concentrer sur son traitement graphique de la violence, avec une ironie blafarde qui n’hésite pas à jouer sur le malaise du spectateur (la dégustation de poulpes vivants étant loin d'être le pire). Rageur et excessif, ‘Old Boy’ paraît d’ailleurs assez représentatif d’une tendance féconde, ces dernières décennies, du cinéma asiatique – davantage en tout cas que son récent remake par Spike Lee.

 

10/10

Astérix : Mission Cléopâtre

 

d'Alain Chabat, avec Gérard Depardieu, Christian Clavier et Monica Bellucci

 

Parmi la désatreuse série d’adaptations au cinéma des personnages d’Uderzo et Goscinny, ‘Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre’ reste, de loin, le seul épisode valable. Et il est même très drôle. Jouant sur un casting où le moindre rôle est un numéro d’acteur – et où se croisent Monica Bellucci, Jamel Debbouze, Claude Rich (génial en Panoramix) ou Edouard Baer –, le long métrage d’Alain Chabat réussit à merveille la greffe de l’humour Canal sur les tribulations des célèbres Gaulois en Egypte. Malgré son budget qui a tout l'air d'être tombé dans la marmite quand il était petit, le film sait rester facétieux, en décalage, plein d’autodérision potache. Bref, l'exact opposé des autres volets de la franchise.

 

Commentaires

0 comments