'La Vie d'Adèle' : les médias ont-ils gâché le film ?

Retour sur le film d'Abdellatif Kechiche, en salles le 9 octobre

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Rarement un long métrage aura autant fait gloser avant sa sortie que le dernier Kechiche. Triste erreur. Les médias auront-ils donc gâché le film ? Comment le découvrir d'un œil vierge ? Eléments de réponse.


Quoi, encore un article sur 'La Vie d'Adèle' ? Oui, mais un dernier – comme pour les oublier tous. Car de notre côté aussi, les médias nous auront bien bassinés avec ce film, entre polémiques stériles sur les méthodes de travail de Kechiche, couv' de magazines à oilpé, cris d'orfraies autour des scènes de sexe, déclarations montées en épingles et superlatifs sur transpalettes... Cerise sur le gâteau : Kechiche lui-même qui balance la semaine dernière dans Télérama que son film, « trop sali », ne devrait pas sortir – et, au fond, derrière une évidente coquetterie, il n'a peut-être pas si tort... D'où la nécessité de remettre quelques pendules à l'heure.


Découvert en mai dernier en plein milieu du Festival de Cannes, 'La Vie d'Adèle' était ce film qu'on n'attendait plus dans une compétition qui semblait avoir un peu de mal à décoller en terme d'originalité. On n'en savait à peu près rien, hormis qu'il était l'adaptation libre de la bande dessinée de Julie Maroh, 'Le bleu est une couleur chaude'. Or, là, grosse claque : après la première projection, tout le monde s'est mis à hurler « Palme d'or » en agitant les bras (moi y compris), avec d'autant plus d'enthousiasme que chacun voyait bien cette histoire d'amour entre deux jeunes femmes faire suite à celle, nettement plus austère, du film de Michael Haneke l'année précédente. Enfin, on connaît la suite : 'La Vie d'Adèle' rafla une triple Palme d'or (fait inédit) pour le trio Kechiche-Exarchopoulos-Seydoux, et tout le petit monde de la critique repartit satisfait et repu chez soi. Ou presque.


Dès lors, il aurait fallu se taire, ou au moins la mettre en sourdine, tant l'effet de surprise fut pour beaucoup dans l'exaltation qui entoura le film. Or, à en parler à tort et à travers pendant des mois, les médias ont quasiment réussi la prouesse de spoiler ce film sans intrigue. Désormais, il va ainsi falloir réussir à voir ces scènes pleines d'intensité, d'un naturalisme époustouflant, sans se dire que les actrices ont dû en chier, que Kechiche est un tyran et blablabla. Mais surtout, ce qui risquerait plus véritablement de porter préjudice au film, c'est l'usage abusif à son égard du qualificatif de « chef-d'œuvre ». Car 'La Vie d'Adèle' n'en est pas un. Et heureusement.


Qu'est-ce qu'un chef-d'œuvre, sinon un travail de maître ? La rigueur du dernier Haneke, 'Amour' – puisqu'on en parlait tout à l'heure – fournirait un bon exemple. Ou bon, '2001' de Kubrick si vous préférez. Seulement, la part de l'improvisation, du hasard et de la prise de risque est telle, dans 'La Vie d'Adèle', que Kechiche se situe précisément à l'opposé de toute maîtrise. Son film est certes puissant, souvent juste, il n'échappe pas pour autant à quelques maladresses ou clichés qui, paradoxalement, le rendent d'autant plus charmant et réaliste – puisque la vie elle-même regorge d'hésitations et de lieux communs, n'est-ce pas ? Mais il demande pour cela une certaine forme de bienveillance et de générosité de la part du spectateur, qui est à peu près celle qu'il pose, lui-même, sur ses actrices (on a beau dire ce qu'on voudra, il les filme avec une tendresse et un amour rares : en tout cas, c'est bien ce qui passe à l'image).


Au final, faudra-t-il aller voir 'La Vie d'Adèle', qui sort demain ? On a envie de répondre « bien sûr ». Pourtant, peut-être ne parviendrons-nous que plus tard à une idée véritablement juste du film, une fois les polémiques éteintes et le raz-de-marée médiatique retombé. Aucun doute qu'alors, nous nous laisserons aller à aimer Adèle sans mesure. Car sa vie, au final, renvoie chaque spectateur à la sienne, dans ce qu'elle a de plus intime, fragile et déterminé à la fois. Ce qui n'est vraiment pas rien.


L’avis des utilisateurs

2 comments
S.A.B
S.A.B

Les guillemets simples de type ' ' n'existent pas en français.

Earley
Earley

Et en fait je vous aime. J'avais quand même vach'ment peur de lire un article sur ce film venant de la part de Time out, en me disant : mmeeerdde ça me gâcher l'affection que j'ai pour Time out. Et la critique est bonne. Belle prouesse, marketting ou non ; ça réconfortera vos lecteurs - vos lectrices - et renforcera leur affinité à l'égard du site. Ça l'a fait pour moi en tout cas - Ciel ! au moins quelques uns qui ont pris le bon pied de ne pas se perdre dans un débat franchement inutile. Cimer quoi. Et puis bonne journée.