Interview • Maud Le Pladec

La chorégraphe présente du 3 au 18 décembre au NTDM son diptyque dansé 'Professor' et 'Poetry'

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© Caroline Ablain

C'est une orange pressée entre les mains que Maud Le Pladec, chorégraphe et directrice artistique de l'association Léda, nous parle de danse. Une danse contemporaine riche de rigueur et d'intelligence, qu'elle présentera bientôt sur les planches du NTDM. L'occasion rêvée de parler de son diptyque sur la musique de Fausto Romitelli et de deviser sur l'art exigeant de la chorégraphie.

Bientôt sur les planches

© Caroline Ablain

Time Out Paris : Le NTDM vous ouvre ses portes pour 15 représentations, un record pour un spectacle de danse. Est-ce que cette durée à une incidence sur votre travail créatif ?


Maud Le Pladec : Disons que c'est une forme de challenge. Physique d'abord, parce que la rigueur du spectacle demande beaucoup d'effort, puis mental pour ne pas s'enfermer dans une forme de routine. Surtout que la pièce est écrite au geste près... Le défi pour moi va être de re-nourrir l'écriture, de re-questionner la chorégraphie, son exécution et son contenu sans pour autant modifier la forme, dépendante, elle, de la musique.


'Professor' et 'Poetry' sont présentés comme un diptyque. Comment avez-vous travaillé la relation entre les deux ?


Dans 'Professor', j'ai imaginé le spectacle autour d'un parti pris formel simple, nous traduisons physiquement tout ce qui compose la musique de Fausto Romitelli. 'Poetry' est à la fois la continuité de 'Professor' dans son esthétique et dans son approche, mais aussi son contraire. Dans le début de la pièce, on commence par traduire toujours ce que l'on entend, par des gestes très simples, comme un miroir. Puis au fur et à mesure on se décolle des chaises et on arrive à une forme qui est davantage contrapuntique, la danse n'est plus plaquée ni à la musique ni au geste du musicien.


De la musique de Romitelli

© Caroline Ablain

On en parle souvent comme d'une musique « impropre »...


Disons qu'il a un rapport très décomplexé à la musique contemporaine. Romitelli a su déjouer les codes de la musique dite savante et mêler des sons qui n'étaient pas forcément issus de cette culture-là, comme la guitare électrique, des nappes de musique électro ou même du Pink Floyd. Romitelli fictionnalise sa musique comme un film, c'est à la fois très visuel et extrêmement organique.


La musique est essentielle au spectacle, elle était là en premier ?


Elle est presque comme un texte en théâtre : c'est le contenu et le contenant, le sujet et l'objet de la pièce.


Vous la travaillez comme de la matière ?


Avant de commencer, j'ai mené une véritable enquête. J'ai tout voulu savoir, quelles sont ses références, comment il travaille, comment il en parle, sa vision de l'art, etc. Je suis partie d'une approche globale vers une approche plus sémantique. Puis j'ai essayé de donner à voir tout ce qui est contenu dans cette musique, pas seulement ce que l'on entend mais tout ce qui est derrière : les délires psyché de Michaux ('Professor') jusqu'à mes propres fantasmagories (une course-poursuite autour d'un rideau). Cette littéralité a des degrés différents. Je peux être très littérale et aussi m'en extraire.


La musique l'emporte-t-elle sur la danse ? 


Elles fusionnent du début à la fin de la pièce. La danse est soumise à l'écriture de la musique mais le geste influe sur ce que l'on entend.


Un spectacle total

© Caroline Ablain

La partition de Fausto Romitelli (Poetry : "Trash TV Trance") ne dure que quelques minutes, or le spectacle s'étend sur près d'une heure... 


Pour 'Poetry', Tom Pauwels a imaginé une continuité à la musique de Romitelli. Il joue "Trash TV Trance" de la première à la dernière seconde, puis il s'appuie sur un procédé musical contenu dans les trois dernières minutes pour proposer une suite qui va durer le temps du spectacle.


On a beaucoup parlé de musique, mais la lumière est aussi un élément important de vos spectacles...


Dans 'Professor' c'est un travail quasi cinématographique avec des ombres portées, des blackouts, des fuites. Elle cadre l'action comme le ferait une caméra au cinéma, elle guide le spectateur. Dans 'Poetry' au contraire, on est dans un environnement. On commence par un blanc qui contient déjà toutes les couleurs et, au fur et à mesure, les couleurs se déploient. On livre alors le contenu de la musique, des corps et de cette lumière pleine de couleurs.


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