Les étés de la danse

La magie chorégraphique de Paul Taylor et Alvin Ailey enfin à Paris

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Deux compagnies sinon rien. Alvin Ailey et Paul Taylor viennent enflammer les planches de Chaillot et du Châtelet cet été. Place à la danse.

Paul Taylor Dance Company

Du 19 au 28 juin.

Paul Taylor n'était pas venu à Paris depuis douze ans. Ayant fait ses premiers pas il y a plus d'un demi-siècle aux côtés de la grande Martha Graham, cet Américain, pionnier de la modern dance, a chorégraphié pas moins de cent trente-cinq spectacles. Désormais octogénaire, il présente à Chaillot treize ballets, dont certains pour la première fois à Paris.


Entre classique et contemporain, queues de pie et masques futuristes, Taylor transforme les clivages sociaux en autant de scissions visuelles, opposant hommes et femmes, couleur et noir et blanc, grâce et grimace, tandis qu'en fond sonore se côtoient musique baroque et tambours primitifs. Ses danseurs, tantôt agiles et aériens, tantôt grotesques et rampant à même le sol, illustrent en mouvements l'étroite frontière qui sépare maniérismes mondains et instincts sauvages. Cherchant à sublimer la trivialité du quotidien, Taylor présente également 'Esplanade', l'une de ses créations les plus célèbres, inspirée par la course d'une femme essayant de rattraper son bus.


On y voit une succession de courses effrénées et de corps mouvants, sans cesse perturbés par des obstacles, foule indémêlable et bouche d'aération imaginaire. Enfin si Taylor, qui chorégraphie encore, s'inspire souvent d'événements prosaïques, il touche aussi à des sujets ardents, comme la beauté de la mort, dans le récent et bouleversant 'Beloved Renegade', hommage au poète américain Walt Whitman dansé sur le 'Gloria' de Francis Poulenc.


Alvin Ailey American Dance Theater

© Gert Krautbauer


Du 25 juin au 21 juillet.

Quatre semaines en compagnie de l'Alvin Ailey American Dance Theater au Théâtre du Châtelet. L'occasion d'applaudir une quinzaine de ballets dont sept présentés pour la première fois à Paris. Grands pliés, pointes et enjambées : les excellentes chorégraphies de la compagnie fondée en 1958 rivalisent de poésie et de sobriété. Il faut dire qu'Alvin Ailey n'a pas appris à tourbillonner chez n'importe qui. Elève de Lester Horton, il a fait ses armes chez Martha Graham et Karel Shook avant de réunir sa propre troupe et de créer son premier ballet naturellement intitulé 'Révélations'.
Largement influencé par le negro-spiritual, la signature Alvin Ailey mêle l'athlétique au moderne, le classique au jazz. Un art chorégraphique métissé qui puise sa grammaire dans les prouesses hip-hop, dans le blues comme dans les rythmes africains.

Dirigée à la mort du maître par la danseuse et chorégraphe Judith Jamison (de 1989 à 2010), la compagnie est aujourd'hui conduite par Robert Battle. En véritable orfèvre, le nouveau directeur artistique veille avec soin à conserver les codes du fondateur tout en déployant le répertoire vers d'autres territoires. 'Love Stories' se danse alors sur "If It's Magic" de Stevie Wonder, pendant que 'Takademe' s'inspire de la danse indienne kathak. On y croise du breakdance, on y reconnaît des pas de samba. Mais si la technique est maîtrisée, elle ne fait pas pour autant de l'ombre à la théâtralité du geste ou même à la narration.

La Alvin Ailey American Dance Theater n'est pas une simple histoire d'arabesques réussies, de portés flamboyants, mais fait dialoguer les corps entre eux, nous conte des histoires, nous invite dans un univers à part entière... Son ballet 'Urban Folk Dance' créé en 1990 par Ulysses Dove met en scène deux couples dans une sorte de mélodrame domestique dansé. Entre créations et ballets historiques, ces quelques semaines en compagnie du collectif devraient contenter les amateurs de modern jazz.

 

Infos pratiques :

Au total vingt-huit représentations dont trois nouveaux ballets se dérouleront jusqu'au 21 juillet. Quatre ballets par soir pour une durée totale de 2 heures.

Plus d'informations ici.

Photos © Paul B. Goode; Andrew Eccles

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