L'Avis de Time Out

Ce que montre notre classement des meilleurs films français

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Avant tout, notre question s'adressant à des professionnels du cinéma, certains films sélectionnés ici pourront paraître plus ou moins méconnus du grand public. C'était le but. Faire découvrir des oeuvres inspirantes, incitatives, parfois mises en place avec des moyens frugaux, mais d'une grande inventivité. Comme on sait, en France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées - et on aime bien les mises en abyme, aussi. Plus sérieusement, on peut déjà constater que ces "100 plus grands films français" témoignent d'un goût prononcé du cinéma hexagonal pour des partis-pris esthétiques forts et l'expérimentation tant narrative que visuelle - point de rencontre inespéré entre Marguerite Duras et Gaspar Noé ?


Nouvelle vague, vision critique


On pouvait s'y attendre, cette audace, revendiquée, se voit saluée par la présence de nombreuses productions de la Nouvelle Vague. Ce qui permet de revenir sur la diversité des approches qu'on range, par habitude ou par flemme - c'est souvent la même chose - sous cette étiquette, désignant tout à la fois la spontanéité solaire des films de Jacques Rozier, les Rubik's cubes mentaux d'Alain Resnais, la magie musicale de Jacques Demy, la distinction sensuelle de Rohmer ou l'espièglerie hippie-brechtienne de Juliet Berto chez Rivette... avec, évidemment, des Godard et Truffaut un peu partout.


Toutefois, on entend aussi, parmi ces 100 films, une autre tonalité ; celle d'un cinéma français plus formellement classique, souvent orienté vers une critique de mœurs incisive et grinçante; que ce soit dans 'Le Boucher' de Chabrol, à travers les comédies noires de Blier, sous l'œil cruel de Pialat, dans les scénarios impeccables de Jacques Audiard, dans les vannes aiguisées de son père pour 'Les Tontons Flingueurs' ou avec cette vieille ordure de Père Noël...


Fantastique et parole


Mais ce classement nous met également sur la piste, plus inattendue, d'un cinéma fantastique à la française, inventif et vigoureux depuis Méliès - ce qui fait quand même un gros siècle. Sans être évidente de prime abord, on se rend bien compte de cette tendance, lorsqu'on met bout-à-bout le surréalisme de Buñuel, la science-fiction tragi-comique de 'Je t'aime je t'aime', les films de Georges Franju et ceux du tandem Caro-Jeunet. Même si, on pouvait s'en douter, le cinéma français reste plus généralement envisagé sous l'angle de la parole.


Voire, l'importance du verbe paraît presque consubstantielle au cinéma français (au moins depuis l'immense Renoir); ce que viennent confirmer les résultats de notre enquête. Où ce goût de la langue, du grain de la voix, se retrouve non seulement dans les dialogues d'Eustache ou de Desplechin, mais il se manifeste aussi, sur un plan plus technique, par l'usage assez fréquent de la voix off, qu'on retrouve aussi bien dans 'Le Roman d'un tricheur' de Sacha Guitry, que chez Chris Marker - côté documentaire ('Sans soleil') comme côté fiction ('La Jetée') -, dans les 'Histoire(s) du cinéma' de Godard ou chez Resnais. Evidemment, de superbes exceptions confirment la règle, telles les économies de dialogues singulières des films de Jacques Tati ou, dans un tout autre genre, de ceux de Melville - qui apparaissent tous deux à des places de choix de ce palmarès.


Les oubliés ?


Bien sûr, toute enquête quantitative a ses limites. D'ailleurs, celle-ci n'a aucune prétention à l'objectivité ou à l'exhaustivité : il faudrait plutôt la voir comme un ensemble de suggestions, de propositions suivant l'humeur, de découvertes et de redécouvertes. Ou simplement comme un voyage à travers l'histoire du cinéma français (n'en jetez plus, j'ai la larme à l'œil !). Surtout, c'est une belle occasion de se remémorer la modernité toujours incroyable du 'Napoléon' d'Abel Gance, un huis-clos aussi fabuleux qu'oublié de Jean Becker ('Le Trou'), 'Le Plein de super' d'Alain Cavalier ou le montage cinéphile et compulsif de 'La Classe américaine'.


Tout classement étant intrinsèquement injuste (les écoliers fugueurs à la Doinel le savent mieux que quiconque), certains regretteront bien entendu l'absence de films de Raymond Depardon, de Joël Seria (pourquoi pas ?), de François Ozon ou de bien d'autres encore... De 'La Grande bouffe', 'La Salamandre', 'Amélie Poulain' ou 'Judex'. Alors, n'hésitez pas, à votre tour, à nous dire ici quel serait, selon vous, le plus grand film français - vous verrez, c'est à s'arracher ce qui vous reste de cheveux.


Voir l'intégralité de notre classement des 100 plus grands films français


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