Le Roi du Père Lachaise

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  • Thierry Le Roi, à la pointe de la mode avec ses badges.

  • C'est parti pour un safari nécro-romantique !

  • © Emmanuel Chirache

  • Le plus haut monument funéraire des cimetières parisiens. Une tour de 21 mètres de haut, dernière demeure d'un diplomate qui n'a laissé aucune descendance et a fait ériger le monument de son vivant.

  • La tombe d'Annie Girardot est très fleurie.

  • La tombe d'Allan Kardec, fondateur du spiritisme, est la plus fleurie du Père Lachaise.

  • Notre explorateur brandit une patate. Un indice pour la prochaine célébrité du parcours.

  • Hommage artistique à Parmentier.

  • Côte à côte, les tombes de Marie Trintignant, Alain Corneau, Sophie Daumier et Daniel Toscan du Plantier.

  • Un dernier bécot à "Monsieur 100 000 volts".

  • Le bas-relief sculpté sur la tombe de Théodore Géricault représente son tableau le plus fameux.

Thierry Le Roi, à la pointe de la mode avec ses badges.


« Le cimetière du Père Lachaise, c'est 44 hectares de terrain, c'est-à-dire la plus grande superficie d'espaces verts de la ville de Paris ! Espace "vers", vous écrivez ça comment ? » Du Thierry Le Roi dans le texte, un mélange d'érudition et de calembours potaches, propulsé par la passion et ce qui ressemble à une vocation d'acteur un peu loupée. Un peu seulement, car ce guide « nécro-romantique » joue tous les week-ends, deux fois par jour, son rôle à la perfection. Pour y assister, il faut se rendre à 10h ou 14h30 à l'entrée du cimetière côté métro Gambetta, et suivre son chapeau d'explorateur à la manière dont on rallierait le panache blanc d'Henri IV. La comparaison lui va comme un gant, car non seulement Thierry s'appelle Le Roi, mais il est féru d'histoire, d'anecdotes et de grands noms, ce qui ne manque pas au Père Lachaise. La balade a beau avoir été baptisée « safari » par son auteur, on n'y tue en réalité pas grand-chose, puisque les protagonistes sont déjà tous morts. Après une introduction générale sur le cimetière, Thierry promène son assistance d'un hommage à un autre, oraisons funèbres qu'il écrit lui-même et remanie à l'occasion (« Je viens de réécrire celle de Sarah Bernhardt », nous confie-t-il avant de se lancer dans l'éloge de l'actrice).

Le public, lui, est tout ouïe, fasciné par le bagout du bonhomme qui varie les humeurs, passant de l'humour quand il s'agit d'évoquer le monument funéraire élevé par Félix de Beaujour, une tour de 21 mètres, à un ton plus émouvant pour présenter la tombe d'Annie Girardot. Cette dernière est « une tombe végétale, un art funéraire qui revient à la mode », précise Thierry. Car le guide est d'abord un grand fan d'art funéraire et il n'hésite pas à vitupérer le XXe siècle, plutôt sobre en la matière. Idem avec l'incinération, « je respecte le choix, mais c'est la mort du métier ! » s'exclame-t-il avec un sourire en coin, heureux de son bon mot. Ce que notre grand nécro-romantique apprécie, ce sont les tombes originales et ouvragées, comme celle du peintre Théodore Géricault, une sculpture massive qui le représente en train de peindre allongé, ou encore le dolmen du fondateur du spiritisme, Allan Kardec, la tombe la plus fleurie de tout le cimetière, sans oublier le mythique gisant de Victor Noir, républicain assassiné par un parent de Napoléon III. Thierry constate d'ailleurs avec joie que le XXIe siècle voit l'art funéraire revenir en force, preuve en sont les tombes de Mano Solo et d'Alain Bashung, tous deux décédés durant la dernière décennie.

Il faut dire que le guide actualise régulièrement sa tournée des popotes, même si son discours n'échappe pas au « c'était mieux avant ». Thierry est un type old school, et c'est aussi pour ça qu'on l'aime. Si vous avez moins de 35 ans, il y a de fortes chances pour qu'il vous donne du « salut, les djeun's » et vous demande si vous savez ce qu'est un vinyle lorsque vous apercevrez les sillons dessinés sur la tombe d'Alain Bashung. Tout cela fait partie du personnage, lequel n'hésite pas à jouer "La Vie en rose" sur une enceinte portative près de la tombe d'Edith Piaf, ou à semer les touristes qui lui demandent où se trouve la tombe de Jim Morrison. A chaque étape, il prend soin de ne pas mélanger ses ouailles avec d'autres groupes de visiteurs bruyants et vulgaires, tout comme il ne néglige jamais de laisser en paix les proches d'un défunt en train de se recueillir. Au final, la promenade dure deux heures trente pour un simple billet de dix euros, le temps de se perdre avec délice le long des allées de ce cimetière romantique, de glisser sur ses pierres centenaires et de goûter les histoires improbables d'un lieu où les morts font fantasmer les vivants. Ce n'est pas Oscar Wilde qui dira le contraire, lui dont la statue funéraire était couverte de baisers il y a encore quelques mois, avant qu'on y appose une vitre protectrice.

Le site de Thierry Le Roi : http://www.necro-romantiques.com/

L'Indiana Jones des cimetières

L'Indiana Jones des cimetières © Emmanuel Chirache

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