Bertrand Lavier, depuis 1969

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Baft III, 2011 Tubes en néon Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles © Allard Bovenberg, Amsterdam Beaunotte/
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La Bocca/Bosch, 2005 Canapé sur congélateur Kewenig Galerie, Cologne © Simon Vogel. Courtesy Kewenig Galerie, Cologne
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Giulietta, 1993 Automobile accidentée Musée d’art moderne et contemporain, Strasbourg © Musée d’Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg © photo : M. Bertola
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Mandarine par Tollens et V33, 1974/2012 Peinture acrylique sur mur, dimensions variables Collection de l’artiste © André Morin

Prenez le fauteuil Bocca, classique des années 1930 signé Dali, taillé en forme de lèvres rouges et moelleuses. Posez-le sur un frigo blanc, rectangulaire, froid. Dans l’univers de Bertrand Lavier cela donne 'La Bocca/Bosch' : de l’association des deux objets naît une émotion inattendue, une « érotisation », presque. Sublimer le quotidien, rechercher le beau, toujours. C’est la quête qui traverse les créations de l’artiste français. Lorsqu’il revisite l’idée du « readymade » de Duchamp, Lavier ne se contente pas d’exposer un simple objet. Il s'agit de créer une harmonie, de procéder à une série de greffes « interdites ». Autrement dit, de faire du readymade un moyen au service de son art, au lieu de concevoir le concept comme une fin en soi.

Intelligente, cette rétrospective ressemble davantage à une réflexion sur l’art contemporain, voire à un exercice de philosophie générale, qu’à un parcours artistique à proprement parler. En témoigne l’une des six zones qui ponctuent l’exposition, intitulée « Des choses et des mots » (en clin d’oeil à Foucault). En cherchant à souligner le décalage qui sépare le mot et la chose qu’il désigne, Lavier s’adonne à une expérience plutôt drôle : celle d’acheter deux pots de peinture du même nom dans deux magasins différents, supposés fournir une nuance de couleur identique (ici, « orange mandarine »), puis d'en peindre deux bandes, côte à côté, et de constater la différence. Art et philosophie se frottent alors l'un à l'autre par un coup de pinceau, une simple association visuelle. Un constat, habile et franc.

Artiste plein d’humour et d’ironie, Lavier nous invite plus loin à pousser la porte d'un musée ethnographique du futur. Dans ce chantier d’objets perchés sur des socles, il présente des vestiges de notre vie quotidienne (un skate-board, un canoë-kayak, un verrou…) imaginant une sorte de cimetière de la culture européenne des années 2000. De quoi détourner, au passage, le culte des arts dits « primitifs », en recréant en bronze nickelé des statuettes de bois, histoire de les transformer en objets de fabrication occidentale. Autant de confrontations espiègles, inattendues, que cette exposition parvient à rassembler de manière dynamique et audacieuse. En mariant des œuvres qui, comme le Bocca et son frigo, n’étaient pas vraiment destinées à se rencontrer.

Site Web de l'événement http://www.centrepompidou.fr
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