Dali

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Photo de Philippe Halsman / © Halsman Archive / Magnum Photos/ © Salvador Dalí, Fundacio Gala-Salvador Dalí, Figueres, 2012
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'Le Grand Masturbateur', 1929 / Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia / © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2012
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'Guillaume Tell', 1930 / Photo : Jean-Claude Planchet / Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2012
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'Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano', 1931 / © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2012
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'Le spectre du sexappeal', vers 1934 / © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2012
Centre Pompidou (Musée national d'Art moderne), Le Marais lundi 11 mars 2013 11:00 - 21:00
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A la question « Que pensez-vous avoir apporté à l'art ? », Dali répondait, sans ambages : « A l'art, rien. Absolument rien. Comme je l'ai toujours dit, je suis un très mauvais peintre. Je suis trop intelligent pour être un bon peintre. »

En effet, sans doute Dali n’était pas un très grand peintre ; du moins, pas au sens où la modernité l'entendait. Affectionnant les académismes, le kitsch revendiqué, théoricien à l’emporte-pièce évoluant comme un poisson dans l’eau tourbeuse de la marchandisation de l’art, le moustachu de Figueras n’en reste pas moins drôlement pervers. Et parfois hilarant. Avec le recul, certains de ses tableaux (ceux des dernières décennies, surtout) pourraient paraître ennuyeux ; leurs motifs scatologiques, leur titres provocateurs continuent pourtant d’interpeller par leur humour gratuit, souvent féroce. Du coup, on ne peut s’empêcher de penser qu’un de ses plus fameux tableaux, 'Le Grand Masturbateur', devait forcément être un autoportrait.

L'entrée de l’exposition du Centre Pompidou se fait par un œuf géant, sur la paroi duquel Salvador Dali dort, recroquevillé en fœtus : manière, sans doute, de prévenir que l’onirisme sera ici en open-bar. A peine éclos, le visiteur se retrouve devant l’œil tranché d’'Un chien andalou', moyen métrage co-réalisé avec Luis Bunuel – duquel une dame détourne le regard, s'exclamant « excuse-moi, chéri… je crois que je vais vomir » ; ce qui pousse d’emblée à se réjouir qu'après des décennies, Dali parvienne encore à choquer.

A noter que la scénographie, elle-même habilement dalinienne, fait la part belle à l’ouverture du regard, à l’espace, formant un large U où se succèdent, plus ou moins chronologiquement, les différentes périodes du peintre catalan. L’histoire est connue : après des débuts cubistes sans grande originalité (à la limite du suivisme), c'est au sein du mouvement surréaliste que Dali explose, élaborant ses toiles les plus corrosives.

On remarque alors que, parmi celles-ci, les plus intéressantes ne sont pas tant ses célèbres grands formats, que des miniatures rêveuses, où la méticulosité du trait le dispute à un sentiment paradoxal d’ampleur, figuré par un espace d’à peine quelques centimètres. Qu’il s'agisse de photomontages ('Le Phénomène de l'extase'), de peintures à l'huile ('Le Spectre du sex-appeal', 'Charrette fantôme') ou de dessins à l'encre ('La Femme visible', ou une 'Chasse aux papillons' joliment sadienne), c’est au fond sur ces supports minimalistes que Dali, un peu comme William Blake, paraît le plus poétique et suggestif. En témoignent également ses illustrations pour les classiques ‘Chants de Maldoror’ de Lautréamont ou ‘Macbeth’ de Shakespeare.

Bien sûr, l’exposition présente aussi des toiles aux dimensions nettement écrasantes (plusieurs mètres de long), dans un espace à part, le bien-nommé « Théâtralité ». Hélas, ce gigantisme paraît vite redondant avec les grands espaces que figurent déjà, en permanence, les tableaux de Dali (‘Paysage avec jeune fille sautant à la corde’). Pour le reste, sur des toiles aux dimensions plus classiques, le peintre excelle, notamment à la fin des années 1930, dans ses fameux jeux d’anamorphoses (‘Le Grand Paranoïaque’, ‘Espagne’, ‘Buste de Voltaire’), jusqu’à ce que ce néo-maniérisme – façon « Arcimboldo de l’inconscient » – finisse par constituer sa marque de fabrique.

Délivrant différentes images simultanées à l’esprit du visiteur (suivant la manière dont celui-ci les observe), les œuvres de Dali conservent à l'évidence un charme interactif assez immédiat. Qui paraît, d’un coup, émerveiller un groupe de collégiens venus visiter l’expo avec leur prof d’art plastique, laissant échapper leurs messes-basses devant ‘Apparition d’un visage et d’un compotier sur une plage’ : « Attends, dans tous ses tableaux, il y a des énigmes. Maintenant que j’ai vu le chien, ça me paraît évident. » Voilà qui a au moins le mérite d’être ludique.

Dans le meilleur des cas, ces trompe-l’œil daliniens parviennent à constituer un puissant équivalent visuel du jeu de mots, dans ce que celui-ci a de plus évocateur : l’indétermination du sens, la pluralité des interprétations, la fissuration des schémas habituels de la perception. Entre le Witz de Freud et le psychédélisme, si l’on veut. Dans les cas les moins bons (les dernières années, donc), Dali se révèle intéressant autrement : basculant dans une pratique périphérique, non plus picturale, mais médiatique. Aussi apparaît-il nettement, aujourd’hui, à mi-chemin entre Duchamp et Warhol. Ou comme celui qui congédia sereinement l’art moderne – incarné, en son temps, par le surréalisme – pour le renvoyer au régime de la consommation et du grand spectacle.

Quoi qu’il en soit, tout l’intérêt de l’exposition est précisément de n’occulter aucune des facettes de ce Dali polymorphe, illustrant intelligemment son passage d’un art de la figuration onirique à une approche plus contemporaine, conceptuelle et cabotine. Et bien que nous le présentant sous ses différentes coutures, l’ensemble se révèle convaincant dans son affirmation qu’une profonde cohérence de Dali réside dans son humour constant. Nombreux en effet sont les artistes à avoir proclamé : « L’art, c’est la vie. » Plus rares sont ceux à avoir si fortement assimilé l’une et l’autre à une immense mascarade, à une jubilation mégalomane, un caprice impérieux et insensé, ou un bal masqué qui aurait duré près d’un siècle. Où un type portait une étonnante moustache.

 

Nom du lieu Centre Pompidou (Musée national d'Art moderne)
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Adresse Rue Saint-Martin
4e
Paris

Heures d'ouverture Du mercredi au lundi de 11h à 21h
Transport Métro : Rambuteau
Prix De 8 à 12 euros
Site Web de l'événement http://www.centrepompidou.fr