Akatomboy

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AKATOMBOY

Akatomboy porte bien son sobriquet au parfum de super-héros. Débardeur et pantalon noirs moulants, chaussures rouges cloutées sous le talon : emmailloté dans son costume de scène, le danseur de flamenco expérimental n’a plus qu’à faire tambouriner ses doigts et ses pieds au rythme des élucubrations de son corps pour mettre la magie en route. Tantôt d’une grâce féline, tantôt recroquevillé comme un insecte anguleux, prêt à déployer ses longues pattes vers on ne sait trop quelle proie, Akatomboy le surdoué avance plus vite que son ombre, change de position en un claquement de doigts, virevolte, accélère, ralentit, agitant ses muscles avec une rigueur et un sens dramatique écrasants.

« Huh », « shack » : un cri sec pour trancher le rythme et ça repart. Le regard mitraille la salle, les gestes coulent avec une délicatesse onctueuse. Les paumes ricochent sur les genoux, les hanches, les cuisses, parfois relayées par des baguettes qui martèlent le sol ou la peau d’un tom basse. Seul sur la petite scène de La Loge, baigné de lumières chaudes, le jeune danseur-compositeur-percussionniste-chorégraphe donne tout ce qu’il faut pour éblouir son public en deux temps trois mouvements, détournant à merveille les codes de la grande tradition flamenca.

De père gitan et de mère française, Diego Ranz est tombé dans la soupe dès sa plus tendre enfance. C’est à l’âge de 8 ans qu’il monte sur scène pour la première fois en tapant du pied, travaillant déjà ce zapateado raffiné qui donnera naissance, en 2011, à l’Akatomboy d’aujourd’hui. Bien ficelé, bourré de talent, ce premier spectacle que Ranz crée de toute pièce convainc avec presque rien : un grand éventail chinois, fluide et silencieux, que le danseur fait flotter comme une cape de matador ; deux attrape-mouches de kung-fu, avec lesquels il saccade brutalement une mélodie « électro-gipsy »…

C’est dans ces moments d’épure que l’on préfère l’art d’Akatomboy. Mais l’épure n’étant pas très super-héroïque, Ranz, à force de savoir à peu près tout faire, aurait tendance à en faire trop. Impressionnant la première fois qu’il sample sa voix en direct, s’enregistrant pour mieux se trémousser au gré de ses propres chants implorants, le danseur ubiquiste, à trop vouloir baragouiner en anglais et s’entourer de machines, ternit peu à peu sa force magnétique. Allant jusqu’à s’enrouler le cou de fils électriques, l’homme-orchestre, trop démultiplié, trop décousu, trop amplifié à grand renfort d’effets sonores, finit par noyer le danseur frénétique et lumineux. Ce danseur minimaliste aux pouvoirs subtils : l’Akotomboy qu’on ne risque pas d’oublier de si tôt.

Site Web de l'événement http://www.ebeaujon.org/