Baptiste Trotignon & Bojan Z, Marc Copland & Bill Carrothers

© Franz Galo

Ce concert réunit deux virtuoses du piano. Le simple énoncé de ces deux noms est déjà porteur d’un vaste imaginaire. Adoubé par Martial Solal, Baptiste Trotignon poursuit, après ses collaborations avec Aldo Romano et Stefano Di Battista, et dans la lignée de son album "Share", enregistré à New York, son parcours exceptionnel. Le musicien franco-serbe Bojan Z, qui fut partenaire de Henri Texier, Michel Portal, John Abercrombie ou Julien Lourau, peut passer du groove le plus chaud aux improvisations les plus libres. Face à face, dos à dos, main dans la main ou les trois à la fois, on sait d’emblée que le pasodoble atypique dans lequel le pianiste serbe et son complice français vont se lancer se fera, sans filet, sur le câble bien tendu d’une improvisation totale, insaisissable. Et si chacun, bien distinctement, a prouvé en solitaire comment il domptait son propre clavier, leur rencontre d’un soir n’aura pas l’allure d’une partie de ping-pong poudre aux yeux mais plutôt d’une conversation entre vrais créateurs, entre architectes imprévisibles et passionnants.

Première partie : Marc Copland & Bill Carrothers. Deux Américains aimés par Paris et qui le lui rendent bien. Deux pianistes au style unique magnifiant leur étonnant jeu du chat et de la souris depuis déjà plusieurs années, au disque (étonnant No Choice paru en 2006) comme sur scène. À la poésie de Marc Copland répondent les entrechats de Bill Carrothers. La palette de couleurs est réellement vaste et les orientations choisies souvent osées. Car ces deux-là aiment s’égarer dans la marge, puis revenir avec mélancolie sur des sentiers plus  chaleureux pour enfin fuguer à nouveau… Qu’ils reprennent Wayne Shorter ou Neil Young, leur piano surprend, surtout dans l’abstraction. La marque des créateurs, des vrais, sans doute.