Buika, diva flamenca

Coup de fil à la chanteuse, à l’occasion de la sortie de son superbe album ‘La Noche mas larga’

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On connaissait Buika la diva afro-hispanique. La poétesse aussi, qui s'apprête à sortir son second recueil de vers. L'actrice enfin, celle qui joue brièvement son propre rôle dans 'La piel que habito' de Pedro Almodovar. Alors qu'on lui passe un coup de fil outre-Manche, à Brighton, où elle reste bloquée en studio pour l'enregistrement de la BO d'un long métrage, on la découvre non sans étonnement productrice de cinéma (aux côtés de son frère réalisateur) et, de facto, compositrice de musique de film. « Je ne suis pas seulement une chanteuse et je ne veux pas être considérée comme telle » explique-t-elle au téléphone. Le film s'intitule 'From Loneliness to Hell', « de la solitude à l'enfer ». Mais difficile d'en savoir plus pour le moment. Buika tient à « parler de musique » avant tout, notamment de son dernier album, le très élégant 'La Noche más larga'.


Maria Concepción Balboa Buika, de son vrai nom, revendique être « une femme forte » et assure n'avoir peur de rien. Ni de l'enfer, ni de la solitude, ni des plantages cinématographiques, littéraires ou musicaux. Elle suit ses rêves de gamine qui la mènent partout : « si les rêves ne peuvent pas devenir réalité, alors je ne veux plus rêver » confie-t-elle très sérieusement. A 41 ans, Buika, qui a récemment décidé de se mettre au violoncelle, embrasse les scènes internationales, profite de sa popularité croissante et de son « début de carrière » pour assouvir tous ses désirs. Mais à ce jour, c'est la chanteuse qui marque nos esprits, nous bouleverse. Svelte, musclée et tatouée, enveloppée dans des robes coquettes, elle prend sur scène des airs de princesse guerrière. Sa voix de diva baroudeuse hérisse le poil et scotche au siège. Ses complaintes aux inflexions flamencas vous tirent des larmes, comme le ferait un Camarón de la Isla.



Niveau plantages musicaux, donc, pas grand-chose à dire. Hormis un second (premier chez Warner Music) et très médiocre enregistrement soul-kitsch, chanté en anglais et sobrement intitulé 'Buika' – mais qui ne lui ressemble pas ­–, la carrière de cette nouvelle citoyenne américaine, résidente de Miami, est irréprochable. Trois disques en solo, un en duo avec Chucho pour un hommage à la chanteuse d'adoption mexicaine Chavela Vargas, puis ce dernier venu, 'La Noche más larga', à cheval entre les rythmes ternaires africains et le canto hondo andalou, relevé par une section rythmique aux accents cubains. Une fusion exotico-imparable, d'un lyrisme sombre et d'une énergie percussive reflétant la trajectoire d'une vie, celle de la fille d'exilés politiques de Guinée équatoriale qui a grandi dans les quartiers populaires et gitans de Palma de Majorque, où la pulsation flamenca rythme le jour. 

'La Noche más larga' réunit des chœurs, des peaux, des guitares rythmiques, une trompette... Le tout orchestré par un duo fondateur : le percussionniste Ramón Porrina et l'indispensable pianiste Ivan « Melón » Lewis ont arrangé les mélodies comme on sertit une pierre précieuse. La composition reste signée Buika, qui affirme pourtant ne pas être une technicienne de l'harmonie et se définit comme « ignorante » : « Je n'ai jamais étudié dans les écoles, je ne sais pas ce que je chante et je ne me préoccupe pas des problèmes harmoniques, je chante ce qui me vient naturellement. Avoir une belle voix ne se limite pas à faire des vocalises, c'est savoir communiquer ce que tu ressens : l'amour, la paix ou la colère... Ce que je fais avec cet album, dont je suis très fière et sur lequel je ne me suis jamais sentie aussi libre. Mais cet enregistrement, je le sais, referme une période de ma vie. Je vais me diriger vers de nouveaux horizons musicaux, des choses que je ne connais pas encore... » La musique électronique l'a paraît-il souvent séduite. Elle reconnaît aimer le dubstep qu'écoute son fils. Alors, à quoi ressemblera la Buika 3.0 ? Une sirène électro-flamenca ? Qui sait... En attendant, on s'entichera, lors de nos nuits d'été, des somptueuses mélodies de 'La Noche más larga'.

>>> Buika, 'La Noche más larga', Warner Music

Merci à Louis et son blog The Pipe.

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