Critique • FIDLAR

Le meilleur disque de l'année dès février ?

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Voilà maintenant six mois que votre serviteur saoule ses amis, sa famille et ses collègues en leur parlant de FIDLAR. « Tu verras, ils vont devenir énorme », radoté-je à qui mieux mieux un peu partout. En réalité, les conditions ne sont plus réunies pour qu'un groupe de rock puisse toucher un très large public et retrouver l'aura de Nirvana, par exemple. Mais à leur échelle, les FIDLAR peuvent perpétuer l'œuvre d'un Jay Reatard décédé trop tôt, en rendant au rock son excitation originelle. Oui, les FIDLAR font une musique excitante, là où la plupart des groupes se contentent de bien jouer d'honnêtes chansons. Contrairement à Ty Segall, nouveau chantre du garage-punk, leurs morceaux sont excellemment produits et plus éclectiques. Par ailleurs, l'aspect pop des compositions se ressent à travers les mélodies accrocheuses et les airs faciles à entonner. Les premiers singles du groupe, souvent diffusés gratuitement sur Internet (on pense à "Cheap Beer" ou leur EP 'Shit We Recorded In Our Bedroom'), ne sont pas du genre à mettre dix ans pour vous secouer les portugaises. Rythme chaloupé rock'n'roll, énergie punk et refrains à beugler (« I drink cheap beer, so what ? fuck you ») : voilà ce qu'on appelle un combo gagnant.


Ce n'est donc pas un hasard si le disque qu'ils vont sortir début février s'ouvre sur "Cheap Beer". FIDLAR dit bonjour avec une claque, histoire de prévenir d'entrée qu'ils vont tout casser, que le rock des années 2010 leur appartient et puis c'est tout. Avec son riff psychobilly démoniaque et son refrain prêt à scander, le titre est un tube, qui facilite l'écoute des morceaux suivants. Soyons clairs : l'album ne déçoit jamais. Ce n'est pas une baffe, mais quatorze beignes, que reçoit l'auditeur. Les riffs sont inventifs et sexy, les tentatives de shred toujours sympas et rapides, les paroles suffisamment crétines pour être chantées. Le disque file à mille à l'heure, passant d'un "White On White" acéré à un "No Waves" plus surf, d'un "Whore" jouissif à un "Max Can't Surf" plus sucré, d'un "Gimmie Something" presque pop à un "Cocaine" plus métallique. Seule la version de "Wake, Bake, Skate" est un peu en dessous de celle, fabuleuse, qu'on entend sur l'EP 'DIYDUI'. Il faut d'ailleurs absolument se procurer tous les maxis et singles de cette machine à composer qu'est FIDLAR. Il n'y a rien à jeter, même sur les chansons qui paraissent moins essentielles, comme "AWWWKWAARRRDDD" ou "I Just Wanna Die", sans oublier l'halluciné "Crackhead Ted".


Enregistré dans la maison du chanteur Zac Carper et du bassiste Brandon Schwartzel, mixé en partie par le producteur Rob Schnapf, ce premier LP offre à la fois la spontanéité Do It Yourself d'une bande de copains et la maîtrise technique d'un ingénieur du son pas né de la dernière pluie. C'est l'une des clés du succès de FIDLAR, mais pas la seule. Leur musique doit aussi beaucoup à l'énergie incroyable de ces quatre Californiens, leur humeur festive, voire leur je-m'en-foutisme. Le rock'n'roll devrait toujours contenir une part de ce détachement, voire de cette tendre arrogance, qui rend l'expérience plus intense. Plus globalement, c'est toute une scène qui commence à émerger aux Etats-Unis, des groupes en décalage avec l'indie rock, qui branchent les pédales fuzz et lorgnent vers le grunge, le glam et le punk. Des jeunes types un peu de guingois, moches, aux cheveux longs, qui savent que ça ne sert à rien de faire des compromis puisqu'ils ne deviendront jamais aussi populaires que leurs glorieux aînés, quoi qu'ils fassent. On pense à JEFF The Brotherhood, King Tuff, Metz et bien d'autres, sans doute de plus en plus nombreux. Et on pense à FIDLAR, dont le disque sera album de la semaine sur Canal + et album du mois dans Rock&Folk. Puisqu'on vous dit qu'ils vont devenir énormes.


Date de sortie : 4 février 2013.


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