Critique • 'Ultraviolet'

Kylesa rayonne

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Les amateurs de metal le savent bien : c'est désormais le « sludge » qui règne en maître sur la discipline, renvoyant le desert rock à son désert et le new metal à... là où il était, c'est-à-dire aux oubliettes. Des formations comme Mastodon, Baroness et Kylesa, donc, ont repris depuis quelques années le flambeau metal et font partie des rares groupes à concilier énergie agressive, production hallucinante et complexité mélodique. Ce cocktail a si bien fonctionné qu'il est même devenu gage de réussite commerciale, comme le prouve l'incroyable percée dans les charts de 'The Hunter' de Mastodon en 2011.

A l'intérieur de ce triumvirat sludge, le groupe Kylesa représente la branche plus psychédélique, moins virtuose mais dure sur l'homme, ne ménageant pas sa peine et pouvant au final accoucher de titres dévastateurs tels que "Scapegoat", "Unknown Awareness", "Cheating Synergy" ou "Spiral Shadow". A l'image de ses concurrents mais néanmoins amis (le guitariste de Baroness a réalisé une de leurs pochettes), le combo originaire de Savannah en Géorgie (Etats-Unis) a aussi mis de l'eau dans son vin au fil des années, jusqu'à ce 'Ultraviolet', au son épuré mais à la verve toujours aussi torturée. Les morceaux ont donc été relativement raccourcis et le propos adouci. Là où le groupe péchait par un chant assez faible malgré l'association plutôt sympathique de la voix masculine de Phillip Cope et celle féminine de Laura Pleasants, Kylesa a su fabriquer un écrin suffisamment puissant pour que ce défaut s'amenuise.

Surtout, les musiciens ont atteint un niveau de perfection dans la maîtrise de leur style assez impressionnant. Quand on sait qu'ils s'autoproduisent, c'est tout à leur honneur. Les guitares alternent avec bonheur son saturé et son clair, tandis que les deux batteries chargent sans pour autant tomber dans le bourrage de crâne. L'influence du cousin new metal n'est jamais loin, que ce soit à travers les voix scandées/rappées, la place accrue de la basse (c'est criant sur l'époustouflant "Long Gone") et les climats très aériens. Un morceau comme "Quicksand" rappelle notamment beaucoup les plans à la guitare de Deftones, une parenté déjà perceptible sur les précédents albums. Mais si cet 'Ultraviolet' met la barre très haut d'entrée de jeu, du mélodique "Unspoken" au très fusion "We're Taking This" (quel refrain d'enfer !), en passant par l'excellent "Grounded", on regrettera juste qu'il se finisse en dents de scie, s'essoufflant quelque peu sur la longueur hormis un très bienvenu "Low Tide". Plus lumineuse que les productions habituelles du groupe, la chanson indique combien Kylesa sait maintenant varier les plaisirs, combiner les tempos, installer le calme avant la tempête, qui n'en sera que plus belle. Ce faisant, le quatuor s'extirpe du metal pur et dur et signe un grand disque de l'année.

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