Daft Punk ? Non, les Rockets !

La french touch avec trente ans d'avance

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Au-delà du kitsch disco, le morceau "Galactica" des Rockets est un petit bijou mélodique. Le refrain se retient en un claquement de doigts, les arrangements sont orchestrés de main de maître, le pont au synthé est une tuerie rococo et le final grandiose. Au moment où les Daft Punk livrent leur 'Random Access Memories', un disque encensé par les uns, critiqué par les autres, il nous a paru intéressant de nous pencher sur les Rockets. Pourquoi ? Parce qu'une majorité d'observateurs ont remarqué que les Daft Punk se sont amusés cette fois-ci à créer la matière à partir de laquelle ils avaient l'habitude de travailler et d'opérer leur sample auparavant. Ils ont fabriqué de la chair à french touch, du biscuit pour DJ. Or, il est intéressant de noter que les Rockets, eux, avaient tout compris dès 1976.


Groupe français constitué d'anciens rockers, musiciens de prog ou de hard rock, les Rockets sont nés de la vision du producteur mégalo Claude Lemoine (le père de Jordy !) et du talent du guitariste et compositeur Alain Maratrat. Alors qu'ils viennent du rock, ces musiciens vont adopter avec une intelligence et une facilité étonnantes les codes du disco et de la musique synthétique. Très vite, Lemoine a eu l'idée d'imposer au groupe de se raser le crâne et de se teindre la peau en gris anthracite, afin de créer un look de robots extraterrestres, une idée stupide bien dans l'air du temps, tout entier dévoué à la science-fiction. On peut désormais parler de « space disco rock » pour définir le style des Rockets. En 1978, le groupe sort son premier grand disque, 'On The Road Again', qui contient une reprise démentielle du morceau blues de Canned Heat assortie d'un clip surréaliste. La chanson est un mélange de sonorités électroniques de l'époque (on notera le vocoder dans l'intro, un instrument que les Rockets sont parmi les premiers à utiliser) et d'orchestration classique grandiose. Il faut dire que l'album a été enregistré à Paris dans l'excellent studio pour musique classique du fameux label Decca.



A chaque nouvel opus jusqu'à 'Pi Greco', les musiciens n'hésitent pas à pousser plus loin leurs expérimentations, sans jamais négliger l'aspect dansant ou mélodique. Symbole des ambitions démesurées des Rockets à l'époque, les guitaristes Alain et Guy Maratrat se font même confectionner des guitares sur mesure par les luthiers parisiens Jacobacci. Elles sont en forme d'étoile et d'Inti, le dieu inca du soleil. Sur scène, tout le monde joue le jeu à 200 %, comme en transe. L'album 'Plasteroid' sera un brin plus funky mais tout aussi redoutablement efficace, à l'image du morceau "If You Drive" par exemple, alors que 'Galaxy' (1980) condense le son des Rockets et le porte à son point de modernité le plus aigu. Ainsi beaucoup de titres ne rougiraient pas sur un disque actuel, à un ou deux détails près. "Synthetic Man", "Universal Band", "In The Black Hole", anticipent la french touch dans les grandes lignes, sans pour autant contenir aucun sample. Surtout, les compositions résisteront sans doute encore mieux au temps, vu qu'après toutes ces années elles n'ont rien perdu de leur verve et de leur impact.

En France, le groupe peine à percer, trop expérimental et pointu pour un pays qui continue de révérer Sheila et Claude François en plein virage paillettes. Mais en Italie, patrie de la space disco, les Rockets cartonnent dans des proportions folles, si bien qu'aujourd'hui encore l'ancien claviériste Fabrice Quagliotti continue d'y faire carrière sous le nom du groupe, entouré de nouveaux membres. Si certains aficionados vouent encore et toujours un culte à une formation qui se distingue clairement de ses contemporains (même si proche d'artistes tels que Klaus Schulze, Zeus B. Held, Kraftwerk, Jean-Michel Jarre), difficile de comprendre pourquoi personne ne la cite en exemple à l'heure actuelle. Atmosphères planantes, space disco sublime, électro-rock subtil, beats funky qui n'ont pas pris une ride, production tirée à quatre épingles, tubes à gogo, impossible de bouder son plaisir, pour peu qu'on sache dépasser l'emballage kitsch qui persiste ici ou là. Et comme tout robot extraterrestre qui se respecte, ils reviendront encore plus forts.

L’avis des utilisateurs

2 comments
filou36
filou36

Les ROCKETS s'étaient produit dans la discothèque de mon père dans les années 75/76, dans un petit village du centre de la France, j'étais adolescent à l'époque, ils ont pris le café dans la salle à manger avec mes parents quelques heures avant leur prestation, J' ai souvenir de gars très simple, mais quelle métamorphose au moment du concert. Ca n'était pas un concert au rabais malgré la dimension de la salle, environ 50 m2. Tenues argentées, fumées et laser étaient au rendez vous. 1 ou 2 ans plus tard, j'étais militaire à Paris et j'ai eu la chance de les revoir en concert au Pavillon de Paris (je crois), mais cette fois dans une salle digne de ce nom. Le même spectacle puissance 10. C'était impressionnant de puissance sonore et visuelle. Comment un groupe de cette qualité peut-il être numéro 1 en Italie et faire encore le plein aujourd'hui et être à ce point aussi méconnu en France. De deux choses l'une, soit les différences de gôuts musicaux entre les italiens et les français sont immenses, soit les médias chargés de la promotion et de la diffusion des artistes en privilégies certains aux détriments des autres. Ce qui pourrait expliquer l'expatriation des ROCKETS, merci aux Italiens qui ont su les apprécier et bon vent au ROCKETS.

enrico
enrico

Je suis d'accord, Les Rockets méritent beaucoup plus !!!! Ils ont inventé le Space Rock.Ils continuent encore avec leur musique et des lives super. Vive les Rockets!!