L'aimable chant du Temples

Critique de 'Sun Structures'

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Depuis 2012, la geste psychédélique a retrouvé des couleurs – kaléidoscopiques, cela va de soi : Tame Impala, Foxygen, Jagwar Ma, autant d'excellents groupes qui ont sorti d'excellents disques en deux ans, et le public a suivi. L'an passé, les Temples avaient eux aussi séduit pas mal de monde avec leurs premiers singles. "Shelter Song", tout d'abord, un riff à la "Ticket To Ride", avec un petit effet sitar qui va bien, et puis des chants harmonieux qui s'entrelacent. Bref, un tube. Après quoi "Keep In The Dark" avait suivi, démontrant encore une fois un vrai talent pour réussir un morceau de pop œcuménique à la Beck. Le tout était remarquablement produit, mélangeant rythmique acoustique et gimmicks électriques rondouillards, sur fond de percus idéales pour taper dans ses mains. La machine de ce jeune groupe de gamins du Northamptonshire, comté en plein centre de l'Angleterre, la Creuse du Briton en somme, semblait déjà huilée.

Certains se sont émus d'avoir attendu si longtemps (plus d'un an) entre la sortie de l'album et les premiers titres entendus. « C'est trop long ! Tout ça pour ça ? » Pourtant, qu'on se soit impatienté ou non, difficile de se plaindre, car l'album est une vraie beauté. Comme on s'y attendait, les sonorités évoquent des réminiscences passées, réverb' sur les guitares, écho sur la voix renvoyant aux Beatles de 'Revolver', mélodies léchées façon Zombies ou harmonies à la manière des Byrds : pas de doute, nous sommes en territoire sixties. Le rythme marqué de "Sun Structures", combiné aux flûtes de l'intro, évoque par exemple à une relecture magnifique du "Walking In The Sun" des Zombies, même si la suite du morceau passe par de jolies circonvolutions qui montrent un savoir-faire élégant. 

Si certains singles sortent du lot, les Temples ont réalisé un disque d'une forte cohérence, où chacun trouvera son bonheur en fonction de sa sensibilité, certains préférant la facilité efficace d'un "Mesmerise", d'autres adorant l'incroyable "A Question Isn't Answered", qui ménage chants délicats d'un côté et break dévastateur à la guitare de l'autre. Tout le charme de la pop britannique est contenu dans le classieux "The Guesser", et "Sand Dance" aguichera le danseur un peu ivre. Dans le même temps, cette dernière chanson cristallise les défauts de ce premier essai : trop longue, elle a tendance à se répéter. C'est là l'unique défaut d'un jeune groupe, qui doit sans doute apprendre à épurer, tailler dans le vif pour garder la sève, ne pas trop se regarder jammer. Reste un objet fascinant par sa capacité à ressusciter l'esprit de la britpop et du psychédélisme des années soixante, celui qui préfère encore modeler des chansons plutôt que s'étirer infiniment dans le temps et l'espace. Une œuvre qu'on dira nostalgique par facilité, alors qu'elle ne fait qu'utiliser les codes de ce qui s'est fait de meilleur dans son genre. Et qui pourra le lui reprocher ?


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