L'élan pop de Jamie Cullum

Rencontre avec le pianiste-chanteur, à l'occasion de la sortie de 'Momentum'

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« Jamais je ne délaisserai le jazz. » L'affirmation de Jamie Cullum semble manquer de cohérence lorsqu'on découvre les premières mesures de 'Momentum', son tout nouveau disque sur le label Island Records. Un changement de crémerie (ses trois derniers albums étaient signés chez Universal Jazz) qui implique un renouveau esthétique : le pianiste et chanteur britannique s'est lancé dans une spirale pop où le jazz se positionne au rang d'influence secondaire, voire tertiaire, derrière le rhythm'n'blues. Mais quelle importance ? Joliment produit en partie par Jim Abbiss (ayant collaboré avec Arctic Monkeys ou Adele), 'Momentum' ressemble à un petit monument pop – mainstream ? –, où le meilleur côtoie la dérive marketing.


Au vu de sa carrière, l'évolution pop semble évidente. En 1999, à 20 ans, Jamie alors étudiant en littérature et cinéma à l'université de Reading, sort un premier disque autoproduit en trio : 'Heard it All Before' présente des standards médiocrement joués – les solos sont maladroits et la technique pianistique limitée – mais plutôt bien chantés. Trois ans plus tard, avec 'Pointless Nostalgie', Cullum trouve rapidement sa voie. S'il compose dans la tradition de la Tin Pan Alley, la pop n'est pas loin derrière. Il signe un premier tube, "High & Dry" et entonne "I Wan't to be a Popstar", une destinée dont il trace les lignes avec assurance. La célébrité débarque en 2004 avec 'Twentysomething' et continue avec 'Catching Tales', autrement plus passionnant : Jamie embauche un bassiste électrique, se met au Fender Rhodes et se balade dans un répertoire plus groove. Le côté post-production se développe et sa technique pianistique évolue considérablement. Puis arrive en 2009 le disque « gros-budget », 'The Pursuit', avec une ouverture en big band, un peu d'électronique, des cordes, une reprise de Rihanna ("Don't Stop The Music"), une musique de film pour Clint Eastwood ("Gran Torino") et toujours plus de pop. Crise de l'industrie oblige, Jamie Cullum n'atteint plus le million de disques vendus, mais sa marque prend de la valeur à l'export.


Le pianiste au look d'ado, qui définit son idéal musical entre Martin, Medeski & Wood et Madlib, vit aujourd'hui au nord de Londres, avec femme et enfants. C'est là-bas, dans le studio de sa petite maison dans la prairie, qu'est né son dernier bébé. « J'aime composer à la manière de Nick Cave », confie-t-il un après-midi d'avril ensoleillé, juste avant un concert parisien à la Maroquinerie. « C'est à dire que je m'organise comme si j'allais au bureau tous les jours. Je me lève tôt, je m'occupe de mes enfants puis je vais travailler. Je m'assieds au piano et s'il se passe quelque chose, tant mieux, sinon je me dirige vers la batterie ou je prends une guitare jusqu'à ce que des idées me viennent. Si c'est le néant, je recommence le lendemain, etc. Pour 'Momentum', j'ai enregistré toutes les maquettes [avant de faire appel aux musiciens que l'on entend sur le disque, ndlr] et je m'accompagne à la guitare. Le producteur n'a pas eu un rôle très important, j'ai préparé et enregistré l'album dans ma cuisine. » On ne connaissait pas le Jamie bricoleur et multi-instrumentiste, une nouveauté qui tient de la bonne surprise pour un disque qui s'apparente pourtant à une œuvre hyper-produite.


Sur quelques titres, Cullum reprend le flambeau d'Amy Winehouse dans le répertoire rhythm'n'blues avec le traditionnel sax baryton qui ponctue les premiers temps de la mesure : classique et imparable. Les influences s'entrelacent. On retrouve du Arctic Monkeys sur "When I Get Famous" avec une bonne dose de distorsion et de réverb' old school sur la voix ; "Get a Hold of Yourself" évoque le minimalisme folk de Nick Drake ou Elliott Smith mélangé au côté sucré-soleil de Jack Johnson ; "Everything You Didn't Do" est un bijou de composition qui étale pas mal de gimmicks néo-pop incontournables, du glockenspiel aux chœurs qui scandent des onomatopées. Dommage que l'album se termine par un "You're not the Only One" dont le titre glu-glu donne une idée du contenu : une musique irritante qui rassemble beaucoup de clichés assez laids...


Retour à notre interview, où on interroge le british sur son futur et ses angoisses : « Je voudrais me rapprocher du jazz et pouvoir être un excellent pianiste straight-ahead. J'essaie de travailler mon répertoire be-bop autant que possible car j'ai réellement envie de progresser. Le piano solo me tente également, mais je ne me sens pas prêt techniquement... » Jamie en profite pour annoncer une bonne nouvelle à ceux qui regrettent le musicien des débuts : cette petite bête de scène vient d'enregistrer un album plus proche de ses fondamentaux – ce que sa maison de disques ne sait pas encore. Pas plus d'infos pour le moment. On attend avec curiosité la suite des évènements et d'ici-là, on écoutera 'Momentum' en boucle, comme une énergique bande-son pour les vacances.


>>> Jamie Cullum, 'Momentum', Island Records


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