Nature Noire

Critique de l'album 'Luminous' des Horrors

0

Comments

Add +

Time Out Ratings

<strong>Rating: </strong>4/5

© DR


La discographie des Horrors est une histoire de couleur. Aussi noir qu'une lithographie d'Odilon Redon à ses débuts, le quintet londonien a, comme le peintre aquitain, découvert des teintes plus chaudes qui n'ont pas manqué de choquer les fans de leur première période gothique. Après 'Primary Colours' et 'Skying', le dernier 'Luminous' marque une étape supplémentaire dans l'évolution de ce groupe qui s'éloigne chaque jour un peu plus de Bauhaus, pour se rapprocher du rock transcendantal de Primal Scream. Le tout sans jamais tourner le dos à My Bloody Valentine.

Cette métamorphose, le groupe l'avait déjà marquée par des lives à la frontière entre rock et électro ainsi que par la sortie d''Higher', une compilation de covers et de remixes mise en boite fin 2012. Faris Badwin et ses quatre confrères avaient alors confié leurs titres à leurs potes Andrew Weatherall, Daniel Avery ou encore au duo Peaking Lights, préfigurant leur volonté aujourd'hui assumée de composer un album « dansant et amusant ». Une citation que l'on doit à Faris Badwin lui-même, que l'on a malgré tout encore du mal à prendre au sérieux quand sort de sa bouche le mot « fun ».

Le côté dansant, lui, est bien présent, via les excellents "In and Out of Sight" et "Chasing Shadow", que le groupe a composés « comme une piste techno ». Via des formats de chansons de plus en plus étirés ("I See You" passe les sept minutes, deux titres à peine descendent sous les quatre), "Luminous" possède de nombreux points communs avec le dernier 'More Light' de Primal Scream. Le titre éclairé bien sûr, mais aussi une esthétique, une manière de placer les claviers, une approche très pop de l'électro-rock qu'ils abordent sous un angle plus shoegaze, comme en témoigne le riff lançant "Jealous Son".

L'album, entièrement produit par le groupe lui-même dans son studio de Shacklewell Lane, péche toutefois par quelques choix de production étranges. Le son de l'ensemble, très calibré, fleurte parfois avec la surproduction. Ce fut d'ailleurs également le cas de 'More Light', génial album que l'on aime réécouter mais qui peut fatiguer l'oreille après deux ou trois écoutes successives. On sent chez les Horrors toute la démesure du rock anglais, taillé pour passer sur les ondes et qui ne s'effraie pas de quelques envolées pop. Si le groupe y gagne sur "Change Your Mind", le chant de Badwin peine à s'adapter aux titres "Chasing Shadow" et "Sleepwalk", où sa voix de fausset semble patiner.

Comme leurs prédécesseurs mancuniens, les Horrors se cherchent d'album en album voire parfois de piste en piste, au risque de perdre un auditoire encore émerveillé par le récent 'Join The Dots' de TOY. Plus tout à fait groupe à guitare, la formation s'est fondue grâce à 'Luminous' dans la tendance musicale actuelle, qui lorgne lourdement vers les années 1990. Au risque, peut-être, de passer d'un groupe initiant les tendances à une formation qui les recrache.


L’avis des utilisateurs

0 comments