On y était : Jazz au Phare

Du jazz pour tous à l’électro-funk

0

Comments

Add +

© Philippe MARCHIN


Dans le genre destination pour Parisiens, l'île de Ré fait figure de classique. Or, il se trouve que Time Out Paris – dans le seul but de perpétuer une respectable tradition professionnelle quasi-séculaire du journalisme francilien –, a passé en ce mois d'août quelques jours sous le soleil du nord de l'île, au phare des Baleines, à deux pas de Saint-Clément et d'Ars en Ré. Un déplacement avant tout motivé par une incurable curiosité de découvrir les nouveaux lieux incontournables de l'été, dans le cas présent, Jazz au Phare, modeste festival qui fêtait sa quatrième édition du 19 au 21 août 2013, et dont on avait déjà entendu le plus grand bien. Quels sont donc, en dehors d'un cadre splendide, au bord de l'océan, les atouts de Jazz au Phare ?

Sa programmation, de fait. Intelligente et à petit budget, où la gratuité prend le pas sur les concerts payants. Au pied du phare des Baleines, touristes et locaux s'attablent dans les quelques restaurants répondant à l'appel du jazz. A la bonne franquette, les musiciens jouent dans des conditions plutôt bordéliques, en mode rade de camping. A la vue de telles installations, n'importe quel passant s'attendrait à subir les laborieuses improvisations de Jean-Loup, l'accordéoniste du coin, rhétais à l'année. Niet. Bien au contraire, on y entendra les nouvelles têtes de la scène parisienne et quelques pointures de Cuba et d'ailleurs, à l'instar de Felipe Cabrera, imposant contrebassiste et sideman de luxe, ou Irving Acao, saxophoniste ténor que le public parisien applaudissait chaleureusement quelques semaines plus tôt au théâtre du Châtelet, avec le maestro Chucho Valdès. Bref, rien que du solide.

Côté « têtes d'affiche », sur la scène payante coincée entre le phare et l'océan – avec en bonus le bruit des vagues comme fond sonore – on reste loin de Woodstock ou simplement de n'importe quel mastodonte du jazz en France (Vienne, Marciac ou encore La Villette qui débutera dans quelques jours). En période de mariage pour tous, le festival joue la carte du « jazz pour tous » en attirant les familles sans délaisser véritablement les amateurs. Jazz au Phare s'est ouvert cet été avec le trio Rosenberg invitant Sanseverino, une très bonne surprise entre rigueur instrumentale, virtuosité gitane, et humour d'un chanteur populaire tout particulièrement doué sur scène et chaleureux avec son public. La deuxième soirée fut placée quant à elle sous le signe de la musique cubaine (thème récurrent de l'édition 2013) avec un groupe de salsa à faire danser les déambulateurs, celui de Orlando "Maraca" Valle. Enfin, Manu Katché et son quartet paneuropéen ont rappliqué pour le concert de clôture, avec une prestation un brin décevante, notamment en raison de l'absence des bidouillages électroniques du trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer. Mais incontestablement, tout au long des trois jours, le public semblait ravi, et terminait chaque concert debout. Chose rare dans les festivals du genre.

Plus atypique, l'after électro, débutant chaque soir à minuit jusque tard dans la nuit, fut l'un des temps forts de Jazz au Phare, notamment grâce aux impeccables mixes disco-funk, pleins de musicalité, de deux jeunes Parisiens qu'on suivra désormais d'une oreille attentive : Maxi et Martin du Wrecka Spinnazz Club. Mais aussi, et surtout, grâce à la formation totalement improvisée d'un trio platines-clavier lorsque le prometteur pianiste Tony Tixier est venu caler sur les solides beats des DJ, ses improvisations funky, post-Herbie Hancock, pour un résultat qui a littéralement enflammé la petite foule éclectique (de 17 à 77 ans, ou presque) du théâtre de la Verdure, scène cachée dans un bosquet au pied du phare. Sorte de Wanderlust électro-jazz, sauvage, à ciel ouvert. Au final, après trois jours de fiesta et de jazz, agrémentés de soleil et d'eau salée, on aura écouté toutes sortes de musiques, découvert pas mal de musiciens en dehors des réseaux des majors et autres circuits de distribution, le tout dans une ambiance décontractée le jour, caliente la nuit, rendue possible grâce à une formidable équipe de bénévoles tout sourire et sur le pied de guerre. Que de bonnes raisons, donc, pour faire un tour à Jazz au Phare l'an prochain, lors de sa cinquième édition.

  • © Philippe Marchin 2013

    Le Phare de la Baleine

  • © Philippe Marchin 2013

  • © Philippe Marchin 2013

    Sanseverino sur la scène du phare.

  • © Philippe Marchin 2013

    Maraca's Salsa & Latin Jazz

  • © Philippe Marchin 2013

    Manu Katché

  • © Philippe Marchin 2013

    Luca Aquino, trompettiste de Manu Katché.

  • © Philippe Marchin 2013

    Le pianiste Tony Tixier

  • © Philippe Marchin 2013

    Maxi et Martin du Wrecka Spinnaz Club

  • © Philippe Marchin 2013

    La scène électro au pied du phare

  • © Philippe Marchin 2013

    Une bénévole, tout sourire.

© Philippe Marchin 2013

Le Phare de la Baleine

L’avis des utilisateurs

0 comments