Vous reprendrez bien de la reprise ?

L'intégrale de la musique de "Paris Dernière" sort en huit volumes

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Des personnalités qui discutent autour d'un verre en caméra subjective, des trajets en voiture accélérés, des soirées parisiennes et mondaines, et une séquence de cul pour finir : voici le cocktail de l'émission culte "Paris Dernière" diffusée tous les samedis soirs sur Paris Première. Même si plusieurs animateurs se sont succédé à sa tête, c'est bien entendu Frédéric Taddeï qui a donné à l'émission ses lettres de noblesse entre 1997 et 2006, grâce à ses qualités d'interlocuteur hors pair, aussi à l'aise avec un intellectuel qu'en compagnie d'une actrice porno, un rappeur ou un humoriste. Il manque toutefois un ingrédient pour expliquer le succès d'un programme qui a marqué l'histoire de la télévision contemporaine. Cet ingrédient, c'est la musique. En ne choisissant que des reprises décalées de morceaux connus, Béatrice Ardisson a non seulement instauré une forme de cohérence conceptuelle à sa direction artistique, mais aussi capturé l'air du temps.

Car à l'époque, dans les années 1990, l'exercice de la reprise connaît un renouveau impressionnant. Vogue des tribute bands dédiés à un groupe, recrudescence de musiciens en mal de performance technique, retour en force du télé-crochet où l'on chante les airs des autres, mélange des genres : tout est bon pour faire de la reprise un challenge. Un défi, qui permet à la fois de montrer l'étendue de son talent et de marquer l'esprit des gens plus certainement qu'avec une composition confidentielle. Reprendre du metal à l'accordéon, faire un morceau de punk à partir d'un titre bossa nova, transformer un tube grunge en jazz lounge de salon, ou inversement, il n'y a plus de limites dans cette ère de la pop décomplexée. Internet accélère le processus, puisqu'il est plus aisé d'être trouvé dans le flux du Web à travers une reprise qu'un morceau original. Seul défaut, le systématisme dans le mélange des genres peut renforcer l'aspect « gadget » de la reprise, qui peine parfois à se hisser au-delà de l'exercice de style, un travers que le coffret ne gomme pas totalement.

Mais la bonne nouvelle, c'est que Béatrice Ardisson a choisi son répertoire dans toutes les époques, en n'épargnant aucun style ou presque. Résultat, ces huit volumes donnent un aperçu assez incroyable de la reprise en tant qu'art à part entière, puisqu'on y trouve des grands classiques tels que le "Satisfaction" de Devo, "Space Oddity" du Langley Schools Music Project (un disque improbable qui vaudrait tout un article), "My Way" de Sid Vicious, ou "Ain't No Mountain High Enough" de Claudine Longet. A côté de ça, l'auditeur trouvera également des spécialistes de la reprise comme Richard Cheese, les Puppini Sisters, Karen Souza ou PV Nova, lequel vient d'ailleurs de signer l'une des covers les plus originales du "Get Lucky" de Daft Punk en faisant traverser l'histoire de la pop au morceau. Bien entendu le coffret fait aussi office de cabinet de curiosités, où il fait bon flâner en lisant les notes d'Yves Bigot, qui a fait un boulot titanesque compte tenu du nombre de chansons et de l'anonymat total de certains groupes. Petite anthologie de la reprise à elle toute seule, cette intégrale ravira donc autant les amateurs que les simples amoureux de musique. Ici, la reprise joue son rôle fondamental de carrefour, de passeur, d'arbre généalogique de la pop, inspiration et phare pour le mélomane égaré qui s'en ira remonter la source des chansons pour y découvrir d'autres trésors.


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