La Fille mal gardée

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© Sébastien Mathé

C’est à la fois le plus ancien ballet pantomime et le premier ballet moderne du répertoire français. Une œuvre charnière née le 1er juillet 1789, au parfait croisement entre l’Ancien Régime et le nouveau. Une création phare du XVIIIe siècle, porteuse d’une révolution esthétique où l’expressivité du corps, au même titre que la parole ou le chant, devenait narration.

Ainsi dans cette version du chorégraphe britannique Frederick Ashton, pas de deux aériens et tableaux de groupes enchanteurs content avec adresse l’amour impossible entre une jeune fille de bonne famille et un moissoneur éperdu. Fable pastorale baignée d’humour et de tendresse, 'La Fille mal gardée' révèle ici un univers enfantin et coloré où les poules font la taille des hommes et les silhouettes graciles s’enroulent de longs rubans, fils roses de cette histoire romantique.

Car c’est véritablement l’histoire qui fait la particularité de ce ballet narratif, où des scènes de théâtre se mêlent sans cesse à la danse, grâce notamment au rôle bourru et maladroit de la mère Simone, sorte de Mme Doubtfire danseuse de claquettes à la gestuelle grotesque et aux grimaces délicieuses.

De la parfaite alchimie entre Josua Hoffalt et Myriam Ould-Braham (nommée étoile le soir de la première sous les applaudissements d’une foule émue) à la musique, joyeux patchwork d’opéras célèbres et d’airs populaires de l’époque, ce ballet en deux actes laisse un souvenir émerveillé. Un remède imparable à l’affreux cynisme parisien.