4 raisons d'aller voir 'Fragments d'un pays lointain' à la Cartoucherie

Touchés par Lagarce

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1. Parce qu'on s'est tous imaginé une fois à notre enterrement

C'est une idée qu'on aimerait bien garder pour soi. Mais soyons honnêtes, tout le monde s'est imaginé comme Tom Sawyer mettre en scène sa propre mort juste pour voir quelles seraient les personnes présentes. Et c'est à ça que l'on pense en découvrant l'œuvre testamentaire de Lagarce, écrite avant qu'il ne meure du sida en 1995, où le héros nous annonce dès les premières minutes, alors qu'il est attelé à sa machine à écrire et que les spectateurs sont encore en train de s'installer : « J'ai 40 ans et c'est à cet âge-là que je vais mourir. » Il souhaite organiser son départ en réunissant tous les gens qui ont compté pour lui et qui attendent patiemment, comme des petits fantômes, derrière le rideau transparent du fond de scène. Chacun aura son mot à dire et sa manière de l'exprimer, en pleurs, en cris, en chansons ou en silence.

2. Parce que la scène fait quatre fois la superficie de votre appartement

Il est rare de voir au théâtre un si grand espace. Encore plus rare de voir un metteur en scène profiter de toute cette surface. Ici, Jean-Pierre Garnier supprime les coulisses et transforme le plateau de 25 m2 de profondeur en un immense terrain de jeu où se relayent les différents tableaux sans que jamais les acteurs ne sortent de scène. Quand un tableau prend vie, l'autre s'immobilise à côté. Un lit nuptial qui roule jusqu'au fond de la salle, une table où s'est réunie toute la famille du protagoniste, des chaises disposées tout le long où attendent les autres acteurs... La mise en scène est surprenante, parce qu'elle s'autorise tout : des projections sur écran, des chansons, des musiques, des interactions avec le public qui nous en mettent plein la vue.

3. Parce que de jeunes acteurs nous prouvent qu'il n'est pas nécessaire d'être vieux pour bien jouer

Pour interpréter tous ces personnages de la pièce, douze jeunes acteurs s'emparent avec brio et naturel de la langue complexe de Lagarce. Certains se démarquent, donnent un coup de fouet aux longueurs, comme les deux amants de Louis ou la petite sœur, pleine d'énergie toujours justement contrôlée. Une belle osmose scénique qui rafraîchit le texte, le dépoussière, le rend audible, facile et parfois très actuel. Et pour cause, la plupart d'entre eux ont fait la même école de théâtre et sont habitués à jouer ensemble. Le résultat est plus que convaincant, ce qui devrait rabattre le caquet de ceux qui pensent qu'il faut avoir de la bouteille pour être talentueux.

4. Pour boire un verre de punch au gingembre au théâtre de la Tempête

C'est un peu une tradition quand on arrive au théâtre de la Tempête. Une femme africaine nous propose un breuvage typique et épicé avant de grimper sur les gradins. Une coutume qui change du traditionnel verre de rouge siroté en vitesse sur le comptoir en zinc du bar parisien en face du théâtre. Déjà, on avait apprécié de vadrouiller dans ce petit bus des années 1960, mis à la disposition des spectateurs, qui nous lâche ici, en plein milieu du bois de Vincennes, à la Cartoucherie. Une sorte de ferme aménagée en espace culturel où se côtoient des théâtres, des balançoires et des chevaux. Une sortie théâtrale qui nous fait voir un peu de vert et nous rafraîchit le palais de gingembre frais avant l'entrée des artistes.


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