Club 27

  • Théâtre
© Marion Desseigne Ravel

« Mieux vaut brûler franchement que de s’éteindre à petit feu. » La célèbre phrase de Neil Young, reprise par Kurt Cobain peu avant son suicide, résonne comme un mantra au sein du stupide et tristement célèbre « club 27 ». A l’honneur sur la scène de la Maison des Métallos, la plume et la direction de Guillaume Barbot accordent à ses étoiles éphémères, stars du rock fauchées dans la fleur de l’âge, un second souffle rageur et poétique, vibrant de toute la fougue de leurs 27 ans. Six icônes au sommet de leur art – Robert Johnson, Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison et Kurt Cobain – pour cinq comédiens et un musicien. Une réminiscence de ‘La Révolte des anges’ d’Enzo Corman, qui faisait se rencontrer dans les limbes Chet Baker, Jean-Michel Basquiat et Bernard-Marie Koltès, ou plus récemment de ‘Nouveau roman’ de Christophe Honoré, qui ressuscitait, le temps d’un spectacle, les écrivains du mouvement.

‘Club 27’ se présente ainsi comme un dialogue entre personnages et acteurs, un va-et-vient de 80 minutes durant lesquelles le public assiste aux confessions des uns et des autres. L’occasion d’apprendre quelques anecdotes à l’humour noir (Brian Jones mort noyé dans la piscine du créateur de ‘Winnie l’ourson’) ou carrément glauques (Elvis qui rend l’âme sur ses toilettes, le cigare au bord des lèvres). On se questionne sur ce qui fait « rock », ce terme galvaudé devenu adjectif, amoindri dans sa portée, et sur ce qui sépare la « génération Y » de celle de ses parents. Dans un moment de grâce, la jeune Céline Champinot, sur les épaules de laquelle incombe le poids d’incarner Jim Morrison, fait le procès de Zoon Besse (dans la peau de Brian Jones, après avoir magnifiquement personnifié Gainsbourg dans ‘Gainsbourg, moi non plus’, du même metteur en scène), qui devient de par son statut d’aîné le bouc émissaire de toute la frustration et la colère accumulées par les jeunes adultes d’aujourd’hui. Et Guillaume Barbot d’asséner par son biais sa vérité et son questionnement : « Nous avons les mêmes idoles que nos parents. [...] Mais qui sont nos héros d’aujourd’hui ? »

Elément essentiel du spectacle, la musique (bandes-son, vidéos, ou virtuosité à la guitare et au violon de Pierre-Marie Wreppe, alias Robert Johnson ici, qu’on avait aussi pu applaudir dans ‘Gainsbourg’) ravive une scène théâtrale en général moribonde, si on la compare à l’énergie déployée dans les concerts de rock. Et il est vrai qu’il est assez galvanisant d’entendre "Lithium" de Nirvana à plein tube, planqué dans le confort poli de son fauteuil de spectateur. Un spectacle rafraîchissant et intelligent, électrisant et tendre, qui se balade entre fiction et réel, avec humour et panache.

Téléphone de l'événement 01 40 03 72 23
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