Fahrenheit 451

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© Philippe Delacroix

On aurait presque froid à la simple vue du décor de ‘Fahrenheit 451’, déjà installé quand les spectateurs prennent place dans la salle. Plusieurs blocs blancs, à peine plus grands qu’un homme debout, trônent fièrement sur scène, disposés comme des cloisons délimitant les différents espaces de jeu. Un open space imaginé à l’échelle d’une ville entière, en quelque sorte. Et déjà, ces murs qui n’en sont pas vraiment, et qui se révèleront mobiles, préfigurent l’histoire à venir : quoiqu’ils fassent, les hommes qui s’agiteront bientôt entre ces fausses parois seront toujours surveillés, sans leur laisser aucun répit, aucune intimité.
 
Impossible après ça de ne pas penser à ‘1984’ et à son tout-puissant Big Brother. Et sans aucun doute, cette histoire s’en rapproche. Sa particularité réside dans son acharnement à abolir toute forme de culture, notamment en mettant feu aux livres pour préserver la paix sociale et le bonheur individuel. Une dystopie comme une autre avec un héros qui va tenter de s’en extraire. Un schéma classique en somme.
 
Le moins que l’on puisse dire, c’est que David Géry s’est lancé un drôle de pari. Si mettre en scène un roman de Bradbury (déjà adapté par Truffaut au cinéma) pourrait apparaître comme une tentative de suicide professionnel, il parvient pourtant, via une scénographie des plus minimalistes, à sauver sa pièce du désastre. Inévitablement, les effets spéciaux sont peu crédibles, mais certaines trouvailles réussissent à contrebalancer le rendu nécessairement limité par les moyens du théâtre. Le choix de mettre en place un vrai feu, par exemple, ou celui de projeter des vidéos sur les panneaux mobiles pour recréer les « murs-écrans », font partie de ces bonnes idées qui contribuent à animer et donner une dynamique à sa mise en scène. Car son principal défaut, c’est effectivement le rythme déséquilibré dont elle fait preuve. A une première partie extrêmement lente, riche en dialogues rébarbatifs, répond une deuxième à la cadence nettement plus entraînante, dans laquelle, à mesure que l’action s’accélère, l’attention du spectateur croît. Un beau crescendo aidé par un jeu d’acteur constamment brillant. Et qui nous pousse à l’indulgence : vouloir faire de la science-fiction au théâtre est autant audacieux qu’original. Respect.

 

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