Fin de série, comédie méchante et burlesque en hommage aux vieux

© Charlotte Spillemaecker

Vivre vieux c’est dur, vivre à deux c’est dur, alors vivre vieux et à deux...Voilà qu’on assiste à une drôle d’histoire d’amour sur les planches du Vingtième Théâtre. « Une comédie méchante et burlesque en hommage aux vieux », nous dit l’affiche, mais pas que. Car ce n’est en réalité qu’un prétexte pour parler du couple et du temps qui passe. ‘Fin de série’ emprunte à Beckett, au-delà du titre d’une de ses pièces (‘Fin de partie’), son thème fétiche : celui de l’ennui.

Nous voilà face à un salon, assez commun, qui ressemble à celui de nos grands-parents, fait d’un vieux fauteuil fatigué, d’une table et d’une télé éteinte, où deux personnages, dont les cheveux sont aussi gris que la mine, sont attablés en silence. Il ne se passe pas grand-chose, la parole est aspirée, le temps dilaté. On s’ennuierait presque avec eux, on regarde sa montre, on se tortille sur notre dossier, on est gêné. Est-ce qu’on leur ressemblera un jour ?

Peu à peu, les bruits du quotidien vont devenir la seule mélodie : le four à micro-ondes, les oiseaux qui chantent, la pendule, l’aquarium qui fait des bulles, le chat qui miaule… Malgré la situation assez pesante, point de mélodrame à l’horizon. On aimerait les plaindre juste parce qu’ils sont vieux, alors qu’ils essayent justement de nous prouver tout le contraire en multipliant les activités : cours de sport, bricolage, fête d’anniversaire… Brillamment interprété par Jean-Claude Cotillard (également auteur de la pièce) et Zazie Delem, le couple réussit à devenir attachant. La bataille quotidienne à laquelle se livrent les anciens amants s’accomplit dans une maîtrise de la gestuelle déconcertante. Au lieu de tomber dans les insultes banales, les attitudes deviennent volontairement burlesques. Pas besoin de mots, la routine est une chorégraphie, tous les gestes sont saccadés, et déshumanisés, comme ce moment où chacun tire la nappe de la table de son côté, dans un même mouvement répétitif.

Une cohabitation permanente qui donne lieu à des extravagances : la danse du pacemaker du mari, déclenchée par le four à micro-ondes, est extrêmement drôle. Ici, on prend le parti de rire de tout, de la mort, de la vieillesse, de la solitude et de l’isolement, mais toujours avec poésie. Même quand un commercial vient faire la promo pour des nouvelles tombes tendances… Et si la porte s’ouvre sur l’extérieur, ce n’est que pour faire rentrer un docteur pantomime efféminé, qui parle très vite et se contente de coller des factures sur la porte. Parce qu’au fond ce qui est vraiment important, c’est l’intérieur, cette complaisance à s’ennuyer à deux chez soi. La chute, bien qu’attendue, n’est pas sans surprises ; ils se remettent à table pour commencer leur journée, mais bizarrement notre regard sur eux a changé.

Téléphone de l'événement 01.48.65.97.90
Site Web de l'événement http://www.vingtiemetheatre.com/
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